Biographie (Suite)

Sri Aurobindo

Mère

Carl Gustav Jung

   Les années 80 et l'Inde retrouvée


   J'avais repris mon travail à la Poste à mi-temps. Catherine travaillait dans la même poste, mais dans un autre service. Dominique, elle, travaillait avec moi aux guichets. On se voyait souvent chez elle, rue de Monténégro, dans le 19e. On faisait la fête et l'amour.
   J'aimais trois femmes... Ma liaison avec Dominique, brune Capricorne, commençait à transpirer. Dans mon boulot, certaines femmes me regardaient bizarrement, et pas seulement parce qu'elles savaient que j'écrivais de la science-fiction. Catherine a explosé. C'était trop. Séparation, rupture. Je fus alors contraint de ne plus voir mon fils que de temps en temps. Je fus même parfois obligé d'aller le chercher en province, chez les parents de Catherine... J'ai alors laissé mon appart à la mère de mon fils et loué un studio ailleurs. Je me souviens de mes vacances en Grèce avec Dominique. Ce n'était pas le grand amour, c'était plus, disons-le, une tendre amitié.
   Plus tard, j'ai rencontre Marlène, blonde Verseau. Elle est divorcée, a une fille de 14 ans et vit à Belfort. Je vois toujours Cathy (que Catherine a revue), corresponds beaucoup avec elle. Marlène est enceinte. Vais-je avoir une fille ? Non, elle se fait avorter. En fait, je dois prendre le train chaque week end pour passer quelques heures avec elle. « Une gare, un train », c'est tuant... J'envisage une mutation à Belfort. Mais... J'ai écrit un poème à la gloire de Gaëlle (l'Ange, sa fille) et elle n'a pas du tout apprécié. Elle me suspecte alors d'avoir des vues sur sa fille. Ça devient insupportable. Rupture.
   Vous pensez peut-être que ma vie était instable et que je papillonnais d'une femme à l'autre sans autre but qu'un plaisir partagé. Vous vous trompez. À cette époque je médite et écris beaucoup. Marlène m'a fait découvrir l'œuvre de Sri Aurobindo, de Satprem (Celui qui aime vraiment), et de Mère (Mira Alfassa, qui est loin d'être une mystique évaporée ; elle est titulaire d'un master en… Mathématiques, et la rigueur de sa recherche n'a rien à envier à celle d'un scientifique !) Je découvre une expérience unique : le Yoga supramental initié par Sri Aurobindo et mis en pratique dans son propre corps par Mère. Car je cherche toujours, et là, force est d'admettre qu'il y a tout. Pour moi, c'est de la SF incarnée, à portée de réalisation. Imaginez qu'à force de yoga, de méditation, de lâcher prise, vous descendez en vous jusque dans vos cellules. Un peu comme dans le film « Le Voyage Fantastique », mais là, pas besoin de vaisseau miniaturisé. Vous êtes le vaisseau. Ou plutôt votre esprit, votre conscience, est l'outil qui va vous permettre de transformer votre corps, vos organes et jusqu'à la structure intime de vos propres cellules. Vous allez peu à peu agir de façon consciente, devenir un acteur conscient de l'évolution. Tout a été dit dans le film « L'Homme après l'homme  » (1981). Satprem évoque cette formidable possibilité dans toute son œuvre (dont « Le Mental des cellules »). Tout est relaté dans « L'Agenda de Mère » publié en 13 volumes chez Robert Laffont. Ce n'est pas du délire métaphysique. Ce n'est pas non plus une nouvelle religion ou une manière parmi tant d'autres de manipuler les masses. C'est au contraire une formidable issue vers la liberté ! La seule ? À condition d'accepter de désapprendre, de se débarrasser, de se détacher du mouvement général pour s'interroger enfin sur Soi. Et c'est là qu'on rejoint l'œuvre de C.G Jung et ses travaux sur l'individuation. Aujourd'hui, presque vingt ans après avoir traîné mes basques dans Auroville, je n'ai trouvé dans la science-fiction française qu'un seul écrivain qui s'interroge vraiment sur l'avenir de l'espèce humaine et dont l'œuvre mérite une attention comparable : Jean-Michel Truong, qui, dit-il, n'écrit pas de la SF mais de la prospective...
   
   En 1987, je pars seul pour le sud de l'Inde (Tamil Nadu). L'avion se pose à Madras le 4 novembre, vers 16h00 (heure locale). Dans l'avion, à partir du transit de Bombay, j'ai fait la connaissance d'une jeune femme, française, et dont j'ai retrouvé plus tard le prénom dans un cahier : Chantal. Elle doit se rendre dans une léproserie pour y porter des médicaments. Le voyage a duré 12 heures. Elle va dormir dans la grande maison que son prof de yoga lui a prêtée pour quelque temps et me propose un asile pour la nuit. C'est dans le sud de Mount road. Le soir, de véritables torrents de pluie se déverseront sur Madras... Tu nous imagines, ensemble, perdus dans la ville, avec nos sacs à dos respectifs, et transportés par un rickshaw ? Le rêve ! Plus tard, j'ai vu le film « Nocturne indien » (d'Alain Corneau, ce grand bonhomme qui a aussi réalisé « Série noire », avec l'immense Patrick Dewaere), j'ai aussi écrit « Le Vrai Visage de Gregory ». Toutes ces odeurs, toutes ces couleurs, tout ce mélange d'ancien et de moderne d'avant l'horreur de la mondialisation libérale ! La maison était magnifique. Il y avait des rires et des fleurs partout. Nous avons dormi dans des chambres séparées. Incroyable ! Et le lendemain, chacun repartait vers sa propre aventure.
   Près de Madras, je suis allé voir le siège de la Société Théosophique (comme le héros de « Nocturne indien », que j'ai lu plus tard, après avoir vu le film), mais je n'ai rencontré que de vagues silhouettes vêtues de blanc sous les banians, arbres magiques. À l'Express Bus Stand, je suis ensuite monté dans l'un des milliers de bus Tata (l'équivalent indien des Greyhound) pour Pondicherry. Il était presque 11 heures. Noël, compagnon de fortune pour lequel j'avais déboursé 15 roupies, m'accompagnait. Je voulais voir l'ashram...


Mantra de mère
 

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