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Dieu,
ô mon dieu, si ma divine épouse apprenait que je la
trompe avec l'esprit du vent, qu'adviendrait-il du monde ?
Elle suspendrait les alizés, contraindrait brise, mistral
et autres douces caresses de l'air contre ma peau au plus mortel
silence. Alors se tairaient aussi les moulins. Il n'y aurait plus
de pain et nous serions contraints de chercher une autre nourriture...
Plus tard, bien plus tard, j'ai trompé
ma divine épouse avec la mer. Je me suis baigné
nu avec Katia dans les vagues argentées. Alors, plus
de mer, plus de marées. Les filets des pêcheurs
étaient vides et la lune se cachait honteusement.
Nul ne savait que faire. Notre île était
au bord de la ruine. Nous n'avions plus de pain, nous ne pêchions
plus aucun poisson. Comment allions-nous subsister ?
J'ai réuni mon peuple pour lui avouer
mon infamie. Je lui ai confié ma peine de ne savoir que
faire.
Un vieux sage s'est avancé vers moi.
Il a dit :
— Trompe ta divine épouse une
troisième fois !
— Mais avec qui, ai-je demandé,
avec quoi ? »
Le vieil homme a souri. Il a posé sa
main sur mon front et il a dit :
— Apprends désormais à
aimer les pires choses : la guerre, la famine, les maladies...
Ta divine épouse les supprimera ! »
J'ai répondu que j'étais prêt,
pour mon peuple, à aimer ces infamies. Mais je ne pouvais
manquer de me demander : « Qui supprimera la
jalousie ? » N'était-ce pas le pire fléau ?
FIN
© JPP, mars 03
©
Jean-Pierre Planque. Reproduit avec l'aimable autorisation de
l'auteur.
30/12/06 |