L'article


   « Combien tu m'aimes ? »
   Film de Bertrand Blier (2005). Avec Monica Bellucci, Bernard Campan, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Darroussin, Farida Rahouadj, Sara Forestier.

   Bonjour,
   Excusez, je viens de voir « Combien tu m'aimes ? » de Bertrand Blier. Je suis exsangue...
   Bertrand Blier me passionne depuis « Les Valseuses » (je ne parle pas de « Buffet froid », beaucoup plus "décalé"). Et je me demandais comment il pouvait résoudre un problème qui me semblait insoluble : rester un metteur en scène qui gagne de l'argent pour à la fois poursuivre son oeuve, intéresser les producteurs, avoir des succès populaires et ouvrir des pistes au cinéma, à la littérature, à la manière de montrer, de faire sentir, de sortir du récit structuré.
   Dans ce film, j'ai cherché un Jean-Pierre Bacri ou une Agnès Jaoui... Ils ne sont pas dans le film où ils pourraient jouer, mais ils sont bien là, dans l'esprit, dans la jubilation. Le lien, c'est Jean-Pierre Darroussin, qui meurt à mon avis trop tôt.
   L'insolence, la pertinence, l'art de jouer, y compris et surtout dans la manière de montrer. Rien à voir avec les effets spéciaux. Tout un art de passer d'une manière de voir à une autre et d'en faire un pectacle pour cinéphiles (tout comme un écrivain de SF jouerait avec la SF ou un écrivain de polar avec le polar), mais pas seulement. Blier fils est subtile et soigne le dialogue. Il sait faire. Vers la fin, on le supplie : on a envie de crier : « Ca va, là, on a compris, très belle fin. Tu coupes, c'est bon !  » Mais il continue, joue même avec la fin. Le salaud. Il joue avec nous et ne craint pas d'être haï.
   Un jour je vous expliquerai comment la Sf, via la spéculative-fiction, m'a montré qu'il était possible de chambouler le récit, de passer d'un point de vue à un autre, d'une idée à une autre, d'un plan à un autre. Mettre en scène, jouer, bousculer les images, les dialogues, la construction. Ce n'est pas seulement une question de fond mais aussi de forme.
   Bertrand Blier a joué avec le cinéma comme Brussolo l'a fait avec la SF et le fantastique. Et sa "prise de risque", son culot (il est aussi écrivain) a payé de la même manière. Je le pense depuis toujours.
   Les films de Bertrand Blier sont des films de sf, non dans la thématique, mais dans la construction, le fonctionnement : ils ouvrent les mêmes portes, ils foutent la merde dans la logique mais absolument pas dans l'imaginaire.    Et, de ce point de vue, Bertrand Blier est unique dans le cinéma. Il a créé UNE AUTRE MANIÈRE de voir.
   Je sais pas ce que vous en penserez. J'attends beaucoup de vos réponses.

JPP
(01/11/09)



© Jean-Pierre Planque. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 
 

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