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Sandrina
entra dans la chambre. Elle portait un string à peine plus
léger que le vol d'un colibri. Quand je me suis approché
d'aile, la case tout entière s'est mise à vibrer.
Tremblement de magnitude 5 sur l'échelle de Grande Terre.
Quant à ma propre échelle, un rapide attouchement
me permit de l'évaluer à 17, peut-être 18
!
L'oiseau fabuleux criait pour sortir et voler
dans l'abîme infini.
Je l'ai libéré des cuisses et
des fesses de Sandrina qui m'apparurent alors dans la clarté
cendrée de l'astre nocturne. La vie anima aussitôt
les caresses de mes mains, mes lèvres étanchèrent
leur soif au plus intime de son sillon secret qui tantôt
s'offrait, tantôt se refusait par jeu. J'étais comme
un explorateur découvrant les saveurs violettes et les
parfums rosés d'un monde interdit au commun des mortels.
Contre ma langue aventureuse pulsait sa vie, elle-même avide
de mon désir.
— Prends-moi, baise-moi toute, me dit
elle. Défonce ma belle cocotte ! »
Nous nous sommes aimés comme jamais deux
amoureux n'oseront jamais l'imaginer au plus fort de leur passion.
Ses lèvres me pénétraient tout entier et
son experte langue embrassait tout mon gland d'une étreinte
infinie. Elle fêtait en elle ma verge gonflée d'amour
et sur le point, à chaque mouvement, de libérer
l'étreinte qui nous tenait au bord de la folie.
Étais-je devenu fou ? Avais-je enfin
rompu les rets de la raison ? J'étais entré au paradis
et nos caresses nous rapprochaient du pire : nous étions
sur le point d'aborder ensemble une contrée sans retour,
de ne plus jamais revenir dans nos corps, nos petits corps meurtris
et fatigués qui nous avaient pourtant menés jusque-là.
Un instant merveilleux et incommensurable.
Dois-je vous le dire ? J'étais entré
dans son sourire et dans ses mains. J'étais en elle et
elle était entrée en moi. La nuit vibrait autour
de nous. Nous ne formions plus qu'un corps sur le point d'exploser,
de se fondre dans le monde et la vie. Aucune parole, aucune pensée.
Il n'y avait plus que le lent balancement de nos cuisses enlacées
qui nous menait vers notre fin.
J'ai vu l'oiseau heurter la vitre et son corps
meurtri s'auréoler de rouge. Le colibri a plané
autour du corps de Sandrina pour retrouver la douceur de son nid.
Mais que pouvions-nous faire pour rester avec
lui ? Nous étions hors d'atteinte. Nous étions
à nouveau attachés à nos corps. Nous avions
joui...
Pauvre petit colibri, te voilà SDF. Quel
jardin parfumé choisiras-tu demain ? J'en connais
quelques uns à la lisière de talentueux vallons.
Si tu les veux, je te les deale, mais attention ! C'est toi
qui écriras l'histoire avec ton bec dans le rouge de mon
sang.
FIN
© JPP, juillet 03
© Jean-Pierre Planque. Reproduit
avec l'aimable autorisation de l'auteur. |
23/08/07 |