José Vicente Ortuño
est né en 1958 et vit dans la région de Valence (Espagne) ; c'est un lecteur " compulsif " de science-fiction, d'imagination et de terreur. Il a toujours aimé inventer des histoires pour s’endormir, au lieu de compter les moutons, ce qui l’ennuyait.
Il est membre de la
TerVa (Tertulia Valenciana), une des associations littéraires les plus actives d’Espagne. Il collabore à la publication Fabricantes de sueños, anthologie qu’édite annuellement l’Asociación Española de Fantasía, Ciencia Ficción y Terror.

Ses parutions :

Récits publiés dans Axxón : Frankenstein 2004 (145), La Responsabilité (152), Putréfaction (154), Terre calcinée (155), Par amour (158).



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L'Enfant dans l'armoire
(El niño en el armario)
José Vicente Ortuño

   Le petit David était blotti dans l'obscurité, celle de l'armoire de sa chambre, et il avait très peur. Il tenait les yeux fermés de toutes ses forces et se serrait dans le coin afin d'occuper le moins d'espace possible. Il ne voulait pas qu'on le découvre, et pour cela il ne fallait ni bouger ni faire de bruit en respirant. Bien que la maison soit chauffée, il tremblait de froid. Pour éviter d'être trahi par ses dents qui jouaient des castagnettes, il mordait désespérément la manche de son pyjama. Il souhaitait que tout disparaisse, qu'il ne reste que l'obscurité intérieure de l'armoire, où il se croyait à l'abri. Mais à l'extérieur résonnaient des pas lourds et traînants, ce qui indiquait que, de l'autre côté de la porte, il existait une terreur indescriptible. En d'autres occasions, quand il faisait un mauvais rêve, il suffisait d'appeler sa mère et elle venait en courant le protéger, le consoler. Mais cette fois, il avait peur que personne ne vienne le calmer par de douces paroles et le bercer dans la chaleur des bras. Cette fois, ce n'était pas un cauchemar, il le savait parce qu'il avait très froid, parce que le sol était dur et parce qu'il avait essayé de se réveiller, sans succès.

   Quelques minutes plus tôt, il avait entendu l'homme au sac monter l'escalier, à pas appuyés et espacés, comme pour lui donner le temps de savourer sa peur. Il s'était caché sous les couvertures, comme il le faisait toujours lorsqu'il était réveillé par un affreux cauchemar. Puis il avait entendu le méchant homme ouvrir la porte de la chambre de sa mère, d'abord le crissement de la poignée, puis le léger grincement des gonds et ensuite les pas lents qui pénétraient dans la profondeur du logement.
   Il ne savait pas ce que le mauvais homme avait pu faire à sa mère, mais c'était sûrement quelque chose de terrible. Ses camarades de la garderie lui avaient raconté que l'homme au sac faisait beaucoup de choses mauvaises, des choses pires que la mort, d'après la grand-mère de son ami Kevin. David avait vu un chat mort, les yeux pleins de mouches et une langue noire qui pendait de la gueule. Il se disait qu'être mort ça devait faire mal et il imaginait que c'était encore pire quand on souffrait beaucoup, surtout quand ils vous arrachaient la peau pour vider les tripes. C'était pour ça qu'on les appelait des éventreurs.
   Quand il s'était rendu compte que l'éventreur se trouvait dans la chambre de sa mère, il avait quitté la chaude protection des draps pour se cacher dans l'armoire. Il avait la certitude que, là, le mauvais homme ne le trouverait pas. Si sa mère n'était pas capable de le trouver quand ils jouaient à cache-cache, sûr que l'homme, lui non plus, ne le trouverait pas. Après tout, sa mère était la personne la plus intelligente qu'il connaisse.

   Les pas sinistres s'approchaient, très lentement, par le couloir. Ils parurent s'arrêter devant la porte de David. Celui-ci s'imagina l'éventreur regardant dans la pièce, le cherchant. Il pensa qu'il aurait dû éteindre lampe de la table de nuit que sa mère laissait toujours allumée. Il s'enfonça encore plus dans le recoin de l'armoire. L'inconnu entra dans la chambre et provoqua un bruit inattendu qui fit sursauter l'enfant au point que celui-ci faillit crier. Quelque chose était tombé sur le sol, mais il savait que c'était sa balle préférée, il la reconnaissait au bruit qu'elle faisait en rebondissant plusieurs fois et en tournant tandis qu'elle s'éloignait. Les pas résonnaient près de l'armoire. Il entendit à l'extérieur une respiration lourde, un grognement, une toux rauque, un frottement contre la porte, le craquement du bois. David arrêta de respirer et ferma les yeux encore plus fort. Il avait mal dans tout le corps à force de se recroqueviller. Il aurait tant voulu disparaître. Il savait qu'il ne pouvait pas s'échapper. Où est maman ? se demanda-t-il.

   La poignée se mit à tourner, avec une lenteur délibérée, comme pour faire durer l'attente, et, soudain, la porte s'ouvrit. David cria et cria à perdre haleine, mais resta tassé sur lui-même, les yeux fermés, attendant qu'il se passe quelque chose. Il s'aperçut qu'il avait fait pipi, mais ça n'avait pas d'importance. Sa mère le gronderait. Sa mère..., pourquoi ne venait-elle pas ?
   Une main, grande et dure comme une griffe, le saisit par le cou, le souleva sans effort. David resta sans respirer ; il ne pouvait plus crier. Il se sentait suspendu en l'air. Un instant il resta ainsi, puis la pression cessa. Il tomba et, en heurtant le sol, ouvrit les yeux. Il vit l'intérieur d'un sac crasseux qui se refermait sur lui.


FIN

© José Vicente Ortuño. Titre original : El niño en el armario. Traduit de l’espagnol par Pierre Jean Brouillaud. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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15/02/07