Biographie (Suite)

JPP

   Les années 70

   C'est au début des années 70 que j'ai publié mes premières nouvelles. Dans des fanzines, mais aussi dans ce que l'on appelait alors la « presse libre ». Je correspondais avec Bernard Blanc (gauchiste notoire de la SF de l'époque) tout en faisant mon service militaire à Auch, infirmier dans les paras. C'était à la fois contradictoire et risqué. À tel point que j'ai frôlé la grosse punition. On m'a mis sur la touche, mais j'ai tout de même sauté 17 fois, quel bonheur !
   Dans le mouvement de mai 68, la science-fiction était entrée -qu'on le veuille ou non- dans la révolution culturelle et poursuivait un chemin contestataire de l'ordre et de la pensée établie. L'imagination a toujours été rebelle et c'est ce qui me plaisait ! La créativité bouillonnait et j'ai aussitôt rencontré à cette époque une foule de gens qui avaient comme moi le désir d'écrire, de peindre, de dessiner, de faire des choses ensemble. Il n'était pas alors question de réussite ou de carrière, mais bien de plaisir et de partage, de rencontre et d'échanges.
   C'est au cours de l'été 74 que j'ai rencontré Johanne Marsais, boulevard Mortier, dans le 20e. C'était chez ses parents, mais ils étaient en cure, loin. Paris était à nous, et -tu sais quoi ?- j'avais trouvé son adresse dans une liste que m'avait envoyée Jacqueline Osterrath du fanzine « Lunatique ». Une liste quasiment illisible, imprimée en vert sur stencil à alcool. Même en rêve, ça n'existe pas un truc pareil... Et là, je suis tombé amoureux fou !
   Johanne m'a fait découvrir Dick, Sturgeon et Farmer, et des tas d'autres choses : le spiritisme et l'Oracle Belline, le fantastique de Poe à Matheson, sans parler de son passé qui pourrissait sa vie. Ensemble, on a créé « Demain », un fanzine qui n'était pas vraiment une revue, mais alors... que de rencontres !
   J'ai bossé à l'époque en informatique, puis dans un centre de tri postal ; j'écrivais des nouvelles plutôt hard, comme À voile et à vapeur. Je ne savais pas trop où j'allais, mais j'étais plutôt heureux. Johanne écrivait et peignait. Nous nous sommes mariés, puis, peu à peu, nous nous sommes déchirés. Passion, alcool et jalousie, le trio infernal ! Avec le recul, j'ai toujours pensé que mes épaules n'avaient pas été assez larges. Mais on ne réécrit pas l'histoire - fût-ce la sienne - n'est-ce pas ? Quoi ? L'Uchronie ? Les mondes divergents ? Mais c'est de la SF, ça...
   Johanne s'est suicidée dans une chambre d'hôtel borgne, à Lyon, dans la nuit du 16 au 17 octobre 1979. C'est son neveu qui m'a prévenu.

Johanne et la Charente
JPP et Thomas
Catherine
JPP et Yves-Charles
Cathy
LE film
JP en Ardèche

   Vers la spiritualité ?


   Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire le coup de S.I.V.A... comme Dick, lors d'une célèbre conférence à Metz. Enfin... pas tout de suite ! J'ai mis du temps. Il m'a fallu presque dix ans de vie, de livres, et surtout de rencontres et je suis loin encore d'avoir compris... D'abord, il faut savoir que la science-fiction a toujours été pour moi un merveilleux moyen de s'interroger sur le monde, les gens, la société. Un outil pour voir plus loin. Mais aussi une philosophie, une manière de se projeter dans le futur, ailleurs, là où tout est possible. Mais, ceci dit, il n'y a pas que la science-fiction…
   J'ai rencontré Catherine l'année qui a suivi le décès de Johanne. Une nouvelle vie, un nouvel élan vers la vie. Ou, mieux encore : la vie qui continue ! Avec Catherine, j'étais heureux et notre fils Thomas eut la bonne grâce de nous rejoindre en 1981. Il est de la génération Mitterrand, mon premier fils. J'ai vécu avec lui des moments inoubliables. Tout s'ouvrait ! La Poste m'avait accordé un congé sans solde et j'étais un père au foyer. Mon enfant me faisait tout (re)découvrir. C'est à cette époque (1981-1984) que je suis sorti pour la première fois dans l'astral. Ne riez pas. C'est vrai. C'est venu tout d'un coup. Mes tympans se sont mis à vibrer. Oui, le commun des mortels rêve en général d'une expérience plus soft, moins « inconfortable », avec le tunnel et au bout la lumière, comme dans le film de David Cronenberg… J'ai pas eu ça, désolé. Mais je suis sorti de mon corps et j'ai (ma conscience a) été propulsé(e) à une vitesse folle… ailleurs, dans un ciel d'un bleu profond, puis au-dessus de paysages merveilleux. J'ai tout noté, jour après jour, dans un cahier, car les « sorties » se multipliaient. Plus tard, j'ai découvert que d'autres que moi avaient vécu cette expérience, écrit des livres. J'ai alors décidé d'apprendre le Yoga pour maîtriser. Et j'allais, rue Villiers de l'Isle-Adam, à deux pas de chez moi, pour étudier le Raja Yoga.
   Plus tard, boulevard Sébastopol, j'ai appris les bases du Hata yoga, un yoga plus physique. Vous savez, le pire des préjugés, c'est de prétendre qu'on n'en a pas, de jurer bec et ongles (c'est la devise de la ville d'Avignon...) qu'on ne vous la fera pas... C'est le meilleur moyen de se fermer. Moi, je prenais ici et là, sans m'inquiéter. À petites doses. J'avançais...
   1984-1987 est certainement la séquence la plus riche de toute mon existence. Mon ami Patrick Raveau (que je venais tout juste de rencontrer) me fit lire « Siddharta » de Hermann Hesse. Ce fut le choc ! Qu'il en soit mille fois remercié. De même Marie qui, beaucoup plus tard, me fit découvrir « Belle du seigneur » d'Albert Cohen, ou encore Alain Artus (avec qui j'ai créé le journal « La Fontaine de Pétrarque » à Avignon, en 1996) qui m'encouragea à lire Stefan Zweig. La rencontre avec un livre tient du miracle. Mais n'oublions pas les alliés, les anges, les guides, les amis inspirés qui aident le hasard… Jung parle de synchronicité. Je découvrais son œuvre et sa vie, plongeais avec délice dans les livres de Mircea Eliade, dévorais ceux de Castaneda… En fait, je vivais enfin mon mai 68. À Paris, dans le 20e arrondissement, entre le cimetière du Père Lachaise où je m'étais promené avec Johanne et la rue de Ménilmontant.
   Pour revenir à la SF, c'est également en 1984 que, membre de l'association SFère, je collaborais au fanzine du même nom. J'en parle dans mon article « Repères pour une histoire… » Je lisais alors tout ce que publiait Serge Brussolo (il était au sommet de la gloire et cartonnait dans toutes les collections), publiais ma seconde nouvelle dans le numéro 354 du magazine Fiction. Et puis, en juillet 1984, je rencontrais… l'âme sœur.
   Chaud. Il faisait chaud à Montpellier cette année-là, tout au bout de cette interminable rue. J'ai transposé cette rencontre dans ma nouvelle « Rezo Barjo » publiée par Antarès. Plus tard aussi dans « Le Vrai visage de Gregory ». Car il est impossible pour un poète de ne pas un jour trahir l'inspiration pour y glisser quelques notes, quelques couleurs de ce qu'il a vécu lui. Ce n'est pas de l'égoïsme, c'est juste une forme d'élégance, un moyen de faire passer l'idée que tout n'est pas toujours forcément ordinaire.
   Je rencontrai Cathy tout en vivant avec Catherine. Dans mon esprit tout allait bien. Il aurait probablement fallu que dix mille bombes à fragmentation me tombent sur la tête pour me faire renoncer à concilier le socialement inconciliable. Et encore… Car comment pourrait-on accepter qu'on vous coupe en morceaux quand la Rencontre (seconde naissance) vous unifie ? Quand vous vous sentez pour la première fois totalement vous même ?
   Ça n'a pas marché. Je me suis retrouvé seul, largué au milieu du désert. Sans ma compagne que j'aimais et sans mon fils chéri. À écrire pour transcender… À bosser à la Poste pour survivre. Tu imagines comme j'étais mal ?
   Je louais un studio rue de Montreuil et lisais Le Maître du Haut Château.
   Et surtout, j'avais rencontré Dominique...

 

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