La nouvelle



   Un fracas, et les Vénusiens se précipitèrent à l'intérieur, mitraillant en tous sens, comme des dingues. Viliov comprit que ce qu'il y avait de mieux à faire, pour le moment, c'était de prendre la fuite…
   Il n'en eut pas le temps, car c'est alors que la chose se produisit. En silence. Sans préavis.
   Il y eut tout d'abord un vide d'un noir violacé, à consistance de velours mouillé, qui adhérait à son corps et dont les membranes battaient à la façon d'un cœur vivant. Sur ce fond de ténèbres se détachait un visage lumineux privé d'yeux.
   Pas trace d'yeux.
   La bouche se réduisait à une fente dans la chair. Derrière se convulsaient des anneaux concentriques de gencives, mais on ne voyait pas de dents.
   Une main pâle, à douze doigts, s'avança vers lui ; il fit une tentative désespérée pour éviter cette étreinte visqueuse. Puis…

   Il se réveilla et fixa un moment le plafond bas, à peine visible dans la lumière rosâtre. Il tourna la tête et vit, près de la paroi, un tableau sur lequel brillait un signal rouge.
   Il releva les jambes et se mit en position assise. La pièce était petite, peinte en gris et vide. L'avant-bras lui faisait mal. Il retroussa les manches et distingua la marque laissée par un des tireurs.
   Michkine Viliov s'appuya au mur et ferma les yeux.
   Apparemment, ça n'allait pas si mal : ralentissement de certaines perceptions sensorielles, associations d'idées, éclats de lumière…

   Il rouvrit les yeux. Et comprit qu'ensuite les choses n'allaient pas aussi bien, l'air sentait l'iode, la sueur, et lui n'aurait pas dû être là.
   Un grondement lui effleura l'oreille ; en un éclair il se retrouva pistolet à la main et épaules adossées à une porte cochère.
   Un coup violent l'atteignit à la nuque et le laissa étourdi sur le pavé. L'odeur d'acide sulfurique suivie d'envie de vomir lui fit reprendre connaissance.
   Il se trouvait dans une position incommode, et une voix insolente parlait de mort lente.

   Ils se mirent à le plonger dans la vasque bouillante, sans prêter attention à ses cris déchirants…

   Il marchait sur un terrain plat ensoleillé, totalement plat, jaune, lisse comme du verre et sans fin. Il marchait depuis longtemps. Il n'avait pas de but. Peut-être n'y avait-il plus de buts.
   Il était seulement attentif à mettre un pied devant l'autre, tel un équilibriste sur une corde raide. Tout à coup, le paysage immobile, qui paraissait immuable, se modifia imperceptiblement, un faisceau de lumière pareil à un rai de soleil à travers une fente s'allongea sur le sol.
   Un coup l'atteignit à la cuisse. L'univers entier s'écroula autour de lui. Il tomba sur la terre en gémissant, et, ne pouvant éviter de respirer, il tenta de trouver un moyen moins douloureux pour faire pénétrer l'air dans le thorax.
   Ce qu'éprouvait Michkine, ce n'était pas simplement une forte douleur ; c'était une souffrance absolue, sans trêve, un soleil qui brûlait sous la peau.
   Morphée eut pitié de lui, et Michkine perdit connaissance…

   Il se réveilla qui sait combien de temps après, sous le soleil cuisant d'un pays de nulle part. Sauf le mal localisé dans toutes les jointures, il n'y avait plus de douleur.
   Il commença à se tâter la tête, la poitrine, le bassin et…
   Michkine Viliov avait une oreille grosse comme un chapeau accrochée à une cuisse…

   L'Alongor bleu courait sur le sable faisant de furieuses embardées chaque fois que s'approchait Michkine qui hurlait comme un possédé.
   C'était agréable de cavalcader jour après jour dans la prairie, parmi ces superbes animaux qui sifflaient d'obscures insultes, exaspérés par ces longues poursuites.
   C'était un travail fait sur mesure pour lui, et, pendant longtemps, il s'en était tiré le mieux du monde. Pour Michkine, c'était la chasse ultime : il avait assez économisé pour monter son propre ranch. Alors il en ferait travailler d'autres derrière les Alongors.
   
   Une fois cette affaire terminée, il pourrait se reposer pour la première fois de sa vie.
   Des pensées qui le berçaient et l'encourageaient lorsque l'Alongor bleu s'agenouilla brusquement sur le terrain. Sa propre monture fit de même, et Michkine exécuta un vol plané bref mais malheureux.
   Avant que l'os de son cou ne se rompe, il comprit que son infortune n'était pas un effet du destin…

   Michkine se retrouva au milieu de la pièce.
   Sa tête était pleine de haine pour cet homme qui écrivait à la machine, et sa main était armée d'un long couteau enduit de poison.
   Lentement, tel un cobra qui va vers sa proie, Michkine s'approcha des épaules de l'homme dont le nom seul était une violence inouïe faite à sa personne.
   La main au poignard s'approcha de l'homme qui était certainement la cause de toutes ses souffrances tandis qu'en lui quelque chose luttait entre revanche et oubli.
   Il ne lui laissa pas le temps de s'apercevoir de sa présence et, d'un geste foudroyant, lui trancha la gorge, tandis que la tête se renversait sur le clavier… d bha>f k reflue q2qf rtjh òoi vboòij òegkvn òùè 34tpi rda popàO à oij èàoisr fog oij °LKJ DLçHB olsd còo ..v.df., v…


FIN



© Luca Oleastri. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Traduit de l'italien par Pierre Jean Brouillaud. Ce texte a été publié dans les n° 1 et 5 de Short Stories, éditions Scudo, Bologne.

 
 

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09/11/11