La nouvelle



   L'histoire commence sur la banquette arrière d'une Ford 1949 décapotable de couleur indéterminée, disons boueuse, et d'un état proche du lamentable. Elle commence, mais on pourrait tout aussi bien écrire qu'elle finit, s'il n'était trop tôt pour l'expliquer.
   Le lieu : les États-Unis d'Amérique, section Californie, sous-section L.A., sous-sous-section une route qui serpente dans les collines couvertes d'orangers desséchés d'Hollywood, quelque part au-dessus de la Highland av. La date : 4 juillet 1955, pas longtemps avant minuit. Trois mois plus tôt, Albert Einstein est mort à Princeton, dans son lit, rupture d'un anévrisme intestinal. Trois mois plus tard, James Dean va se tuer deux cents kilomètres plus à l'est, sur la route 466, au volant de sa Porsche 550 Spyder baptisée Little Bastard. Marilyn Monroe va à peu près bien, elle a encore huit ans à vivre. Elvis va tout à fait bien, mis à part les merdes qu'il tourne sous la direction de réalisateurs de second ordre; lui, son avenir se mesure en vingt années d'ingestion progressive de beurre de cacahuète, qui se termineront dans ses chiottes, par l'explosion répugnante de son gros bide.
   Trois milliards d'autres Terriens, en général moins célèbres que les quatre susnommés, vivent également sur la planète Terre en ce 4 juillet de forte chaleur. Personne ne peut s'en douter, mais tous ceux qui survivront un demi-siècle plus tard, sans parler de la cohorte, immensément nombreuse, qui est encore à naître, sont condamnés à mourir de manière quasi instantanée quelques jours avant le Christmas Day de l'an 2000.
   Mais cela aussi, il est trop tôt pour l'expliquer.
   De la même façon, à cet instant de l'histoire, le personnage qui va la propulser vers des sommets inédits, Leland B. (pour Benedict) Harper, ignore qu'il est sur le point d'être l'instrument avancé d'une possible fin de l'humanité...
   Leland, qui a fêté ses dix-huit ans trois semaines plus tôt, se fout complètement d'Einstein, dont il n'a rien compris aux théories relativistes effleurées en dernière année de collège, et tout autant de James Dean, Marilyn Monroe et Elvis Presley, qu'il aime bien néanmoins, le dernier surtout. La raison de ce dédain passager tient en peu de mots : l'instrument avancé de Leland a réussi sa percée là où il tentait depuis un moment de s'engouffrer – la fente encore un peu sèche et gainée de l'épais buisson noir de Barbara Serano, qui lui plante ses griffes dans les reins en jappant ce genre de petits non... non ! qui, en la circonstance, signifient oui de manière patente.
   Cette Barbara, fille d'un couple de paysans de San Fernando, a un an de moins que Leland. Elle peine dans un collège de la vallée peu éloigné de celui où son compagnon vient de terminer sa scolarité, nanti d'un diplôme bidon qui lui permettra de s'inscrire dans une Université de troisième ordre. Les deux jeunes gens se sont connus lors de manifestations sportives accompagnées d'envols de majorettes, où les cuisses longues et bronzées de Barbara dessinaient, en forme de parenthèses, un point de mire incontournable. Leland, beau gosse aussi blond que Barbara est brune, a été le premier à y promener la main, en même temps qu'il enfonçait sa langue impatiente loin vers les amygdales de la délurée latino-américaine.
   En cette moite soirée du Jour de l'Indépendance, propice à tous les débordements, Leland et Barbara sont allés boire quelques bières dans un bar de Franklin av., puis quelques autres, avec une Tequila pour faire bon poids, vers Cahuenga. Fortement lesté d'éléments liquides, Leland a garé sa caisse pourrie dans un virage en épingle à cheveux surplombant le damier palpitant de lumières de la cité des Anges, puis il a commencé à faire avec Barbara ce qu'ils ont l'habitude de faire depuis deux mois. Ensuite les débordements ont commencé.
   Leland a fourragé dans le corsage de Barbara, réussissant à soulager sa forte poitrine d'un soutien-gorge durement armaturé. Puis les deux garnements sont passés sur la banquette arrière, où il n'y a pas de volant qui gêne. La suite n'a pas à être détaillée, bien qu'il soit important de signaler que, lorsque Leland se met à grogner comme un porc dans sa bauge, Barbara, avertie de ce qui va incessamment arriver par on ne sait quelle expérience antérieure, tente de le repousser des deux mains en meuglant :
   « Enlève-toi ! Enlève-toi ! »
   La vérité oblige à écrire que Leland n'a pas le temps, ou alors pas la volonté d'obéir. Et quand il s'enlève, il est trop tard.
   « Espèce de salaud, tu as tout fait dedans ! » hurle Barbara qui, dans la minute qui suit, va tenter vainement d'essorer les sales petites bêtes avec son slip roulé en boule.
   Leland, vaguement confus, grommelle ce qui vous vient habituellement en bouche dans ces circonstances, que ce n'est pas grave, que quand on le fait une seule fois il n'y a aucun risque, et qu'il ne recommencera pas, juré sur notre Seigneur Jésus-Christ.
   Le fait est qu'il ne recommencera pas, car Barbara ne voudra plus le voir. Et, quand elle admettra, après avoir refoulé l'évidence pendant plusieurs mois, que ce qui a été semé dans son terreau fertile est en train de germer à vue d'œil, il y aura belle lurette que son Leland se sera mis à l'abri, sans laisser d'adresse, dans un lointain campus de l'Illinois ou du South Dakota. Ce qui l'exclut de cette histoire, d'une façon qui devrait être définitive et pourtant ne l'est pas – mais on verra ça plus tard.
   Que peut-il se passer après ? Ce qui se passe habituellement, les événements qui viennent d'être racontés étant d'une terrible banalité. Barbara se fait traiter de pute par son père, elle va vivre à Sausalito chez une tante qui en a vu d'autres, ne retourne pas à l'école, accouche d'un beau garçon qu'elle prénomme en toute inconscience Benny. Elle va avoir d'autres amants passagers, une demi-douzaine d'enfants dont certains survivent et d'autres pas, un mari tardif porté sur la boisson. Un jour ou l'autre, bien avant décembre 2000, elle mourra d'un cancer. À la pointe de son agonie, elle racontera à son aîné, par le menu, les circonstances déplorables de sa conception. Benny, grand gars efflanqué alors âgé de seize ou dix-sept ans, acceptera cette révélation sans émotion, surtout préoccupé de foutre le camp de la chambre maternelle qui empeste le vomi, la crasse, la crotte de rat, la mort sans espoir des oubliés de l'avenir radieux.
   La jeunesse, l'adolescence, la scolarité de Benny Serano ressemblent peu ou prou à celles de son père biologique, en pire : plusieurs collèges d'où il est renvoyé pour mauvaise conduite et résultats déplorables, bastons avec des bandes, quelques filles dans des piaules de hasard, des recoins sombres ou l'herbe sèche des collines, car lui n'a pas de banquette arrière à sa disposition, ni les roues qui vont autour. En 1973, il y a longtemps qu'Einstein, James Dean, Marylin ne sont plus de ce monde, pareil pour les frangins Kennedy. Seul Elvis a encore deux petites années lamentables devant lui. À l'autre bout de la planète, le Vietnam est en ébullition. À dix-huit ans, Benny s'engage dans les Marines, avec son pote Jim Casaleno. Après un entraînement sévère, yes sir, yes ! à Fort Laramy, les deux potes sont expédiés chez les Victor Charlie à un moment de l'histoire où leurs frères d'armes commencent plutôt à se tirer du merdier, pas toujours sur leurs deux jambes.
   Manque de bol, lors de la retraite ultime sur Saïgon, Jim marche sur une mine bondissante et décore de ses tripes la figure de Benny, qui s'en tire – si l'on peut dire – avec une fracture multiple du bassin et des éclats un peu partout. Néanmoins, le jeune homme réussit à traîner le corps de son camarade, mort depuis longtemps mais à qui il continue de murmurer des paroles d'encouragement, jusqu'au poste de secours du bataillon 269, devant Tan Son Nhut. Cette conduite ne sera pas sans conséquences pour son avenir. Rapatrié sur le navire hôpital Colorado, il rentre au pays, passe près d'un an à l'hôpital militaire de Fort Ord.
   C'est lors de ce séjour qu'on retrouve Albert Einstein, sous la forme d'un mince opuscule traitant de la relativité restreinte. L'opuscule, tombé de la main d'un mort, est ramassé par Benny qui, n'ayant rien d'autre à lire, mettra trois mois à en absorber les 87 feuillets. Il relit et relit encore le mince ouvrage, de plus en vite, s'étonnant de comprendre de mieux en mieux, puis ne s'étonnant plus de se passionner pour ce qui lui passait totalement au-dessus de la tête moins d'un an auparavant.
   Lorsqu'il quitte Fort Ord avec, pour seule trace de ses aventures exotiques, un léger boitillement, Benny a entrepris de dévorer méthodiquement tout ce qui traite de la cosmologie et de la physique quantique – Weinberg, Segal, Tolman, Taylor et le jeune Hawking, un Anglais en chaise roulante. En 76, lorsque le Président Carter épingle sur sa maigre poitrine la Croix des vétérans et l'interroge sur la manière dont la Nation pourrait lui rendre ce qu'il a donné, Benny répond sans hésiter :
   « Je voudrais reprendre mes études. »
   Nanti d'une bourse de l'US Army, il rentre au MIT, puis fait Berkeley, l'UCLA, termine à Harvard. Dans ce pays merveilleux où un Rockfeller peut commencer sa fortune en ramassant un clou rouillé, on ne saurait s'étonner qu'un fils de personne, au départ ignare et boiteux à l'arrivée, ne finisse par empocher plusieurs doctorats de physique des particules : la preuve, c'est effectivement ce qu'il advient à Benny Serano. En 1986, à trente ans, c'est un ponte, un jeune surdoué qui tutoierait Weinberg et Hawking si la seconde personne du singulier existait en anglais.
   À ce moment de sa fraîche carrière, le sponsor galonné se manifeste à nouveau, selon le principe imparable voulant qu'un prêté soit toujours suivi d'un rendu. À cette époque de l'histoire du monde, l'URSS tient encore debout grâce au papier peint sur les murs, Brejnev est toujours en vie (en tout cas, il fait semblant), et la guerre froide se maintient en état de glaciation molle. Au pays, l'ingénu Carter a été remplacé par un con redoutable que l'Alzheimer attend au tournant – Ronald Reagan, qui, sous sa chevelure gominée, ne rêve que de guerre des étoiles.
   Les envoyés du Département scientifique de l'US Army, deux "hommes en noir" à vrai dire vêtus d'une chemise hawaïenne, n'ont aucun mal à convaincre le prodige sans attache. Tout juste trentenaire, le professeur Serano a pris un peu de poids, ses cheveux châtains grisonnent, les yeux très noirs qu'il tient de sa mère cillent constamment derrière des lunettes à fine monture de métal, son léger boitillement donne l'impression qu'il marche sur des œufs, récurrence de la mine qui a décidé de son destin. Il se contente d'aventures féminines toujours brèves, avec des collègues frustrées ou des journalistes scientifiques aux seins pointus. Ce modus sexuel durera jusqu'à son effacement prématuré.
   À partir de 87, il surveille les travaux d'un accélérateur de particules révolutionnaire dont il a conçu les plans, anneau géant de 1800 m. de diamètre enterré dans un point discret du désert Mojave, en Californie. Dans le jargon militaire, le lieu est baptisé Area 237. Le professeur Serano va y passer la plus grande partie des treize ans qui lui restent à vivre. Le but de ses recherches : créer, grâce à des collisions de particules à très haute énergie, un état de la matière existant un millionième de seconde après le Big bang. L'énergie développée par la rencontre de cette "matière obscure", ou antimatière, avec la matière positive dont est formé notre univers, pourrait résoudre tous les problèmes énergétiques de la Terre. Car il n'est plus question de Guerre des étoiles : le Président Reagan a été remplacé par le Président Bush, qui se borne à organiser en Irak un mini-Vietnam nettement moins coûteux que le vrai, sauf pour ceux qui reçoivent des bombes sur la tête, puis par le Président Clinton, qui préfère se faire tailler des plumes dans une annexe du bureau ovale.
   Les expériences poursuivies dans l'Area 237 sont coûteuses, dangereuses aussi. La création d'antimatière pourrait très bien dégénérer en création d'un trou noir capable d'engloutir la planète. Le professeur Serano, dont les cheveux commencent à déserter le crâne d'œuf et qui, au cours des années, a été atteint d'une sorte de syndrome Folamour, en est conscient. Mais pour rien au monde il ne détellerait son attelage. Il ne quitte plus l'Area, ni ce qu'il appelle son chariot de Tepsis, une sorte de bunker mobile bardé de capteurs et de senseurs, qui peut circuler à grande vitesse tout autour de l'accélérateur et où, grâce à un ordinateur euristique AIC 207, il poursuit des calculs hautement sophistiqués qu'il est le seul à comprendre. Dans le monde extérieur, les élections ont propulsé à la tête de l'Union un nouveau Président qui n'est autre que le fils de l'antépénultième, et lui ressemble trait pour trait avec quelques milliards de neurones en moins. Dans le dos du professeur – mais ces bruits parviennent tout de même à ses oreilles – on murmure que ça commence à bien faire et que les grands ciseaux à couper les crédits seraient prêts à sortir de leur étui.
   Le 21 décembre 2000, Serano décide de tenter le grand chelem. Enfermé dans son chariot, harnaché comme un cosmonaute au départ de la navette spatiale, il met en branle l'expérience ultime avec un seul mot susurré à l'oreille de son ordinateur à commande vocale : Go !
   C'est le mot de trop. En quelques secondes, le professeur voit l'anneau d'accélération se fissurer, se fragmenter, en même temps que des arcs électriques d'une intensité insoutenable strient la caverne de béton. Les commandes s'affolent, les chiffres et les symboles jonglent sur les moniteurs. Le chariot s'arrache à ses rails, passe au travers du plafond qui n'est plus qu'un broyât de matière, gicle dans l'espace. Mais quel espace ? Sous les yeux aux paupières plus agitées que jamais de Benny Serano, un incroyable maelström se développe, semblable à l'œil d'un typhon observé par un satellite météo. Le maelström grandit, grandit, s'évase bien plus vite qu'un champignon atomique. Il n'est pas blanc, mais irisé de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, plus d'autres encore, qui ne sont pas de ce monde. Mais qui l'engloutissent, comme le siphon d'un évier absorbe l'eau de vaisselle et les particules graisseuses qui y flottent.
   Ça y est, c'est fait, l'expérience Serano a réussi au-delà de ses espérances. Au point d'intersection des faisceaux de l'accélérateur, un effondrement s'est produit, qui aspire l'énergie cosmique dans une inversion de la matière et de l'espace-temps. Autrement dit un trou noir, qui a commencé à dévorer la Terre.
   Le chariot de Tepsis flotte dans un néant tapissé d'éclairs blêmes. Il a tenu bon. Pas par miracle, mais parce que le Big bang miniature l'a enfermé dans une carapace topologique dite de Maas-Rubbin. Le maelström silencieux a débordé sur la plaine rousse du désert, il s'étend dans toutes les directions, à la manière d'un liquide d'une incandescence de mercure et pourtant d'une opacité absolue. Il atteint les franges brumeuses de L.A., recouvre la cité, s'enfonce dans l'océan. Serano dialogue avec son ordinateur. Il a déjà compris : en même temps qu'il absorbe l'espace, le trou noir a provoqué une régression temporelle. Le chariot, pris dans le champ d'énergie négative, est animé d'une accélération régressive qui lui permet de surfer sur la vague en expansion, et même de gagner sur l'implosion. Autrement dit, de régresser dans le temps plus vite que le maelström. Oui... déjà sa fulgurance recule, se fond à l'horizon libéré. Mais la trajectoire ne s'interrompt pas pour autant. 1999, 1998, 1995... autour du chariot transformé en machine wellsienne à voyager dans le temps, les années se sont mises à défiler à l'envers.
   La solution est peut-être là. Naviguer dans ce flot, revenir au moment où tout a commencé, pour que rien ne commence. Benny Serano balaye d'un revers de poignet la sueur qui dégouline de son front. Voilà ce qu'on va faire... murmure-t-il à l'intention du AIC 207.
   Le 4 juillet 1955, peu avant minuit, sur la banquette arrière d'une Ford 49 en piteux état, Barbara Serano, cuisses écartées et genoux relevés, se fait consciencieusement limer par Leland B. Harper. Au-delà du buste de son maladroit amant d'un soir, le regard embué de la collégienne plonge dans la nuit chaude où les lumières brouillées de la cité se confondent à l'horizon avec celles du ciel nocturne. Ses ongles s'enfoncent un peu plus profondément dans les reins de Leland. Elle crie :
   « Arrête ! Il y a quelqu'un ! »
   Le jeune homme se redresse, son manche gorgé se désencapsule avec un doux bruit se succion du fourreau qui le gainait. Juste au bon moment : il éjacule avec un dernier grognement de surprise, son sperme, comme un essaim mouillé d'étoiles filantes, s'abat en crépitant sur les coussins fatigués de la banquette. Il se retourne, il lui semble apercevoir, dressé au milieu de la route, une vague silhouette nimbée d'un curieux liseré argenté. Mais, presque immédiatement, la silhouette s'efface, ne laissant grésiller dans ses prunelles qu'une rémanence fugitive, un brouillard de cendres. Leland frissonne. Pour un peu, il aurait cru voir un fantôme. Au-dessus de sa tête, les branches des orangers s'entrechoquent, brassées par un vent qui n'atteint pas le sol. Une pluie craquante de feuilles sèches comme du carton s'abat sur la carrosserie de la Ford. Leland s'ébroue.
   « Qu'est-ce qui t'a pris ? aboie-t-il. Il n'y a personne ! Tu as vu ce que tu m'as fait faire ? J'en ai mis plein les coussins... »
   Il hausse les épaules, soupire, se résout à sourire dans la nuit qui a retrouvé son calme.
   « Écoute... attends dix minutes que je me reconstitue, et tu m'en diras des nouvelles.
   — Compte là-dessus », marmonne Barbara qui est déjà en train de se reloquer.
   Le AIC 207 a calculé au petit poil la trajectoire spatio-temporelle du chariot, le professeur Benny Serano avait vu juste. Alors qu'il s'éjecte de son véhicule et se précipite vers la Ford où son père et sa mère font leurs affaires, il voit déjà les collines d'Hollywood se nimber de la redoutable brillance du raz-de-marée d'antimatière, qui est en train de le rattraper. Quand son géniteur se redresse et répand sa semence dans le vide, la lueur fluctue, recule, s'éteint. Benny a détruit ce qu'il a créé. Il n'a pas été engendré, il n'a jamais existé, l'expérience n'a jamais eu lieu. Lui aussi sourit et, comme celui du chat du Cheshire, son sourire demeure une fraction de seconde suspendu dans l'obscurité alors qu'il s'est déjà effacé du monde.
   Barbara prie sèchement son cavalier de la reconduire chez elle. Ces deux-là ne referont jamais l'amour. Néanmoins, leur vie future ressemblera assez à celle déjà vécue par leurs doubles antérieurs.
   Quant à la fin du monde, il existe assez d'autres docteurs Folamour en pleine activité pour qu'on ne s'inquiète pas : un jour ou l'autre, ça viendra. On y travaille, les gars !

FIN


© Jean-Pierre Andrevon. Avec l'aimable autorisation de l'auteur.
 
 

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24/05/09