La nouvelle


   En cette ère de Prospérité universelle, un bon citoyen se devait d'avoir un hobby utile, de façon à contribuer au développement harmonieux de la société. À cette époque, la Terre était, depuis longtemps, devenue une agglomération planétaire, et l'urbanisation couvrait toute la surface terrestre ainsi que certains secteurs des mers et des océans. La population comptait quelque dix milliards d'habitants qui étaient nourris d'un composé énergétique administré, en quantité gigantesque, sous forme de protéines synthétisées. La matière première était aromatisée dans d'énormes installations souterraines qui la distribuaient ensuite par un réseau spécial de canalisations. Ainsi, la préparation alimentait les différentes régions de la mégapole planétaire. Une loi votée par le parlement mondial stipulait que tout logement devait être approvisionné.
   Les habitants de la Terre n'étaient pas sujets à la maladie, car tous les virus, toutes les bactéries nocives avaient été exterminés. La démographie était sévèrement contrôlée. Les enfants naissaient dans des incubaccoucheurs, sorte d'utérus artificiels, et on choisissait soigneusement le génotype pour chaque sexe. Lorsqu'ils avaient atteint un certain âge, hommes et femmes recevaient un programme éducatif sous forme d'implants qui assurait le niveau moyen d'intelligence nécessaire à tout citoyen normal de la planète. Les activités sexuelles ne se pratiquaient plus et étaient remplacées par le virtuel.

   Le passé de la Terre était pratiquement tombé dans l'oubli du fait que l'Histoire avait accumulé les événements fâcheux : guerres, natalité incontrôlée et famines, associés à une expansion dans l'espace qui n'avait plus de sens pour la société actuelle.
   Le précédent progrès technologique avait conduit à la conquête de nombreux mondes nouveaux, mais les hommes qui les avaient peuplés s'étaient heurtés à des conditions extrêmes, très inhospitalières. Les planètes récemment découvertes n'avaient pas d'atmosphère ou celle qu'elles possédaient se révélait nocive. En outre, elles présentaient une gravité faible dans certains cas et très élevée dans d'autres et connaissaient souvent un champ magnétique intense, d'où un environnement très hostile. Avec le temps, ces conditions difficiles amenèrent les immigrants à réagir physiquement de façon à résister et à s'adapter, d'où des mutations génétiques qui leur firent perdre leur humanité, induisant des transformations corporelles et mentales. C'est ainsi que, progressivement, les contacts s'interrompirent avec leur planète d'origine. Oubliés par l'Histoire, les pionniers du cosmos restèrent seuls, souvenirs d'une époque de conquête dont on avait depuis longtemps perdu la mémoire. Personne ne se serait souvenu d'eux sinon le plus excentrique des personnages qui aurait passé son temps à trifouiller dans les enregistrement des archives.
   En cette époque de Prospérité universelle, la population avait deux préoccupations essentielles : protéger la cité planétaire de tout impact spatial direct causé par un astéroïde perdu ou une comète et, pour chaque sujet, choisir son propre hobby dont la raison d'être était de donner un sens à son existence quotidienne. En fait, les postes de travail se comptaient sur les doigts de la main. À défaut de hobby, les distractions consistaient à se connecter à des programmes d'hypnose, lesquels provoquaient une déchéance de l'individu et une atrophie des membres. Les conséquences étaient inéluctables. La Société éliminait aussitôt tout individu de ce genre qu'elle considérait comme NOCIF, et le remplaçait par quelqu'un d'autre qui se voyait offrir les mêmes valeurs : éducation, nourriture assurée, pratique des sports et choix d'un hobby personnel. Tout cela devait suffire à vous assurer une vie digne et sans problème. Le choix d'un hobby passait pour être LE moyen idéal de valoriser votre existence personnelle et vos possibilités créatrices. Les adeptes de telle ou telle doctrine tenaient des séances d'holovision qui dégénéraient quelquefois en débats orageux. La société appréciait les résultats obtenus par celui qui avait sainement l'intention de progresser dans le hobby de son choix. Mais choisir concrètement son hobby n'était pas facile.

   Skuly BMC 201 était un homme de grande taille, svelte et bien proportionné qui devait précisément affronter ce problème. Dans la salle de loisirs qui se trouvait à son étage, il fit la connaissance de quelques voisins d'immeuble avec qui il essaya d'évoquer ses difficultés, mais il ne rencontra pas auprès deux l'aide qu'il recherchait. La veille, son voisin, terrassé par une bouffée de bonheur, avait failli prendre congé de ce monde si confortable. Dans une rainure au-dessous de son infonateur, Skuly avait découvert deux étiquettes authentiques de boîtes d'allumettes remontant à l'ère primitive, comme il n'en n'avait vu jusque là que sur des images d'archives. Un autre voisin qui habitait au-dessous collectionnait depuis longtemps les vieux hologrammes d'objets qui avaient fasciné les hommes du passé et que l'on appelait alors " l'argent ". À dire vrai, Skuly trouvait les occupations de ces individus ennuyeuses au possible.

   Sintra, une femme qui habitait la maison d'en face, dans le passage, avait hérité, par un occupant préhistorique de son logement, d'un morceau de substance transparente appelée ambre. À l'intérieur on percevait quelque chose d'intéressant qui semblait vivant et que, d'après elle, on appelait autrefois une mouche. Elle avait coupé ce bel objet et avait réussi à isoler l'ADN de cette intéressante créature à pattes multiples, puis à la reproduire à six exemplaires vivants qui bourdonnaient maintenant dans son étroit logement et se nourrissaient dans une écuelle que cette femme très organisée avait placée sur sa table de travail. Sintra était impressionnante, et Skuly, chaque fois qu'elle l'invitait, ne manquait pas de lui rendre visite. C'était mieux qu'une séance d'holo, et il éprouvait alors beaucoup de plaisir. Il observait le vol des mouches, la chevelure de l'expérimentatrice, l'ovale de son corps à la peau satinée, et il était pris d'une envie de chanter. Mais, en fin de compte, elle lui disait toujours : « je dois m'en aller », et, pour une raison inconnue, ses joues et ses yeux bleus changeaient de couleur.

   Le voisin de gauche, un type appelé Kort EKM 520, était, en général, assez agréable, mais il donnait toujours l'impression d'un homme qui n'a pas de chance. Appliquant de vieilles formules, il avait décidé de créer un ordinateur biologique à alimentation autonome et il avait longuement examiné différents enregistrements d'ADN, d'acides aminés, de chromosomes et de certains types de cellules. Le synthétiseur moléculaire qu'il avait construit pouvait produire tous les types de substances nécessaires à l'incubaccoucheur qui était aussi une de ses productions. Quand il eut enfin réussi à faire fonctionner son ordinateur biologique et à l'alimenter, Kort, fou de joie, invita plusieurs fois Skuly chez lui pour vanter sa réussite. Mais ne voilà-t-il pas que le produit se couvrait de poils frisés et parsemait continuellement le sol de crottes de forme ronde. Par ailleurs, il remuait idiotement la tête, émettait un son du genre bê-ê-ê et n'était pas en mesure de faire un calcul élémentaire du type 1+1=2. Durant toutes les phases de programmation, il avait un regard stupide et ne cessait de fourrer la tête dans les récipients de mélanges alimentaires. Kort vérifia dans les archives et s'aperçut qu'il n'avait rien inventé de nouveau. Dans le passé, ce type d'ordinateur biologique était très répandu. Or il s'agissait en fait non d'un ordinateur, mais d'une créature nommée brebis. Après l'échec de plusieurs tentatives pour perfectionner les fonctions du produit, l'auteur dut jeter son œuvre dans la chambre de désintégration qui se trouvait près de l'ascenseur gravitationnel de son étage. Ensuite, Kort tomba dans une profonde dépression, jusqu'au moment où il se remit à élaborer un autre projet, ce qui parut lui redonner confiance.

   En dépit de cet échec, Skuly enviait presque Kort, bien que ces recherches soient contraires aux normes morales établies de la Société. Il bouillait d'impatience, et les implants introduits dans son cerveau ne l'aidaient pas à trouver une solution. Le choix d'un hobby avait pris les proportions d'un problème vital dont la solution s'imposait d'urgence et conditionnait son existence. Quelque gène très ancien soufflait à son inconscient que ce devait être un véritable choix personnel, non influencé par quelqu'un d'autre.

   Malgré ses tourments intérieurs, Skuly essaya de passer en revue les dadas de ses autres connaissances. Zara KHM 204, du logement juste en face du sien, cultivait une herbe, une plante simple que l'on pouvait voir dans certaines salles de sport des étages cinquante-deux et soixante. L'installation hydroponique portable occupait la quasi-totalité de son petit logement, et la partie de la masse verte qui ne servait à rien et que l'on coupait partait périodiquement à la poubelle. Objectivement, ce hobby paraissait dépourvu d'intérêt. Skuly avait connu un autre participant aux réunions, un type appelé Budy, lequel disait qu'avant de cultiver de l'herbe il avait élevé deux rats blancs et qu'il avait éprouvé un choc le jour où l'un de ces animaux lui avait mordu le doigt.
   L'ancienne occupation de ce Budy semblait incroyablement stupide, car on pouvait encore rencontrer dans les étages inférieurs des rats naturels et authentiques. Les mesures que l'on prenait depuis des années et des années pour s'en débarrasser avaient provoqué chez eux une réaction de défense, de sorte que les générations successives de rongeurs avaient subi d'énormes transformations génétiques et que les mutants avaient réussi à survivre en cette ère de Prospérité universelle. Ils avaient même créé des sociétés fortement hiérarchisées dont chaque membre se voyait attribuer une fonction sociale déterminée. Par ailleurs, leurs dents d'acier rongeaient tous les obstacles rencontrés sur leur chemin, surtout le béton et les conduits blindés. La poche d'air au bout de leurs pattes leur permettait de grimper sur les surfaces verticales lisses des conduits de ventilation pour apparaître dans les endroits les plus inattendus. En outre, face à un péril mortel, la plupart d'entre eux avaient appris à se téléporter. Comparés à leurs congénères sauvages, ou – pour mieux dire – intelligents, les rats de Budy avaient été un lamentable échec.

   Skuly continua à se torturer les méninges. Il se souvint de Kardel CHO610 qui lui avait quelquefois rendu visite. Cet homme collectionnait la poésie ancienne ; il citait souvent un certain Homère ou Shelley et s'essayait même à composer des bouts rimés. Au début, Skuly ne comprenait pas les termes vers et rime, mais, après avoir obtenu des précisions, il conclut qu'il fallait choisir des mots que l'on organisait selon un schéma déterminé, de façon à produire plus ou moins le même son. Un jour, son invité récita une de ses œuvres qui, au début lui sembla bizarre puis le fit bâiller et, finalement, lui donna envie de dormir. Cet arrangement de mots, n'importe lequel des infonateurs présents dans tous les logements pouvait s'en charger, une fois qu'on lui aurait expliqué ce qu'on attendait de lui. Mais à quoi bon ? Pourquoi, par exemple, dire : et jamais je ne te comprendrai au lieu de dire : je ne te comprendrai jamais, simplement pour respecter le rythme ou la rime. Est-ce qu'autrefois ils aimaient à ce point couper les cheveux en quatre ? C'est vrai que les pauvres ne disposaient ni de séances d'holovision ni d'incubaccoucheurs. Ils éprouvaient un sentiment appelé amour qui leur servait plus ou moins de prélude à la reproduction. Après une ultime visite, Kardel essaya de revenir chez Skuly, mais celui-ci prétendit être très occupé. Il le laissa se chercher d'autres auditeurs.

   Les semaines passaient. Il n'éprouvait que dégoût pour les loisirs officiels. Il risquait de se réduire à son rôle de consommateur, ce que la Société ne pouvait tolérer. Il finirait dans le désintégrateur local, et son logement reviendrait à un individu mieux adapté. La Société faisait preuve d'une certaine patience, mais, si Skuly continuait à lutter contre lui-même, à faire des efforts, il ne parvenait à aucun résultat.

   Pour se tranquilliser, il tenta désespérément de valoriser les hobbies des dernières connaissances figurant sur sa liste. Joguy 234, du vingt quatrième étage, fabriquait du verre. Ensuite, il le cassait pour créer d'autres motifs. Rien de passionnant. Ce hobby se pratiquait à des millions d'exemplaires. Magy, dont il avait oublié les coordonnées, créait un truc appelé toile. Ensuite, au moyen d'un instrument primitif, elle découpait son œuvre en plusieurs morceaux qu'elle collait pour obtenir ce qu'elle appelait des vêtements. Elle les revêtait, gravait la série sous forme d'hologrammes, puis se déshabillait et mettait les vêtements dans le désintégrateur pour avoir la possibilité d'en fabriquer de nouveaux. Ces occupations lui semblaient, une fois de plus, dépourvues d'intérêt, parce que, en ce temps-là, tout le monde portait un tissu tricoté et poreux qui caressait chaque repli du corps et assurait l'humidité, l'aération et la température adéquates. Bon. De qui se souvenait-il encore ? Oui, du vieux Kriby, du vingt-neuvième étage. Cet homme cultivait des plantes aux grandes feuilles qu'il détachait ensuite des tiges, qu'il faisait sécher jusqu'à ce qu'elle prennent une couleur jaune et qu'il coupait alors en minces rubans. Puis, il introduisait ceux-ci dans l'orifice d'un tube, les faisait brûler et aspirait par intervalle la fumée. Du fait de ces occupations, son logement dégageait une odeur repoussante. Malgré les efforts déployés pour ventiler, la puanteur pénétrait chez les voisins qui se plaignaient fréquemment. En raison de son hobby, Kriby avait toujours un air inquiet et toussait sans cesse. Et à le voir on avait envie de vomir.

   La dernière de ses connaissances s'appelait Guert, du septième étage. Mais cet individu n'était pas du tout conforme au même schéma. Il s'employait à synthétiser un composé chimique sous forme liquide qu'il mêlait à un certain volume d'eau et buvait d'un trait. Pendant le reste de la journée, on entendait dans le couloir de son immeuble des cantiques et des ronflements sonores. Voilà quelles étaient les connaissances de Skuly.

   Dans ce monde, l'idée d'un hobby véritable, exclusif et unique était dans l'air et semblait parfois tout à fait accessible. Il n'y avait qu'à tendre la main pour le saisir et… il disparaissait. À l'exception de Sintra, toutes ses connaissances restaient à ses yeux aussi peu attrayantes.

   Son impuissance générait un sentiment inconnu qui le submergeait, telle une vague obscure et violente, accélérait le rythme de son cœur et faisait battre le sang dans ses tempes. Une fois qu'il se trouvait dans cet état, sa vue se brouilla et ses muscles se crispèrent. Skuly devint furieux et laissa exploser sa colère.
   Il empoigna le premier objet qui lui tomba sous la main et le lança avec force sur le viseur de sa caméra d'observation. Les débris de verre se dispersèrent sur le sol. Le sentiment obscur qui s'était emparé de lui prit consistance : c'était le désir d'exterminer. À grands coups, il démolit sa table, la mit en morceaux, puis il cassa le projecteur holo et ses accessoires. Il s'en prit à la chambre hydraulique qui lui opposa une résistance telle qu'il s'épuisa à la tâche. Mais, elle finit par vomir deux mètres cubes de liquide. Immergé jusqu'aux genoux, Skuly se sentit soudain très satisfait. Il avait enfin découvert son hobby : DÉTRUIRE.
   Il était toujours aussi content quand un des androïdes de service ouvrit la porte de son logement et que le liquide se répandit dans le couloir. Alors arrivèrent les automates médicaux robotisés.

   « Comment va le patient ? demanda le responsable du secteur par l'intermédiaire de l'infonateur central, une fois terminées les analyses cliniques détaillées de Skuly.
   — Tout à fait normal, bien qu'il n'ait pas encore trouvé son hobby, répondit le responsable local de l'hygiène psychique. Son logement a été remis en état, et il peut y revenir. »
   C'est ce que fit Skuly qui avait une folle envie de chanter. Dans sa tête mûrissaient de grandioses projets créatifs, aussi incroyables les uns que les autres. Il avait la conviction qu'il pouvait organiser ses propres séances de holo et que son hobby trouverait des millions d'adeptes. Dans ce monde-là, il n'y avait rien de plus savoureux et de plus séduisant que de DÉTRUIRE.


*****


   Le vaisseau spatial transportant l'équipe chargée d'étudier Erda se matérialisa près de la Terre et commença, après avoir changé d'orbite, à tourner autour. Les crânes en forme d'œufs et les corps arrondis accompagnés d'extrémités minces et disproportionnées qui caractérisaient les membres de l'équipage rappelaient vaguement leur parenté avec l'espèce humaine. Tous regardaient fixement, avec vénération et nostalgie, l'image de la belle planète bleue.
   « Notre mère la Terre, murmura le commandant Burk, très agité. En fin de compte, j'ai vécu assez longtemps pour la voir, ajouta-t-il dans son émotion, et ses yeux s'humectèrent.
   — C'est ici qu'est née l'humanité, mais que d'efforts il nous a fallu pour la trouver, s'exclama son second. Ce que je suis en train d'observer, c'est une image sacrée, je le sais.
   — Tout le monde à son poste, ordonna le commandant, et le trouble initial prit fin. Il nous faut choisir le point d'atterrissage. »
   L'équipage reprit ses activités impeccablement coordonnées. On procéda aux analyses, étudia les cartes, vérifia le niveau des radiations et toutes les données nécessaires. Cela demanda trois mille cinq cent secondes unifiées.
   « J'attends tes conclusions, dit Burk à l'écologiste en chef.
   — Là-dessous, il y a quelque chose qui m'échappe. La Terre est une surface quasiment plane formée d'énormes ruines d'édifices reliées entre eux, et la superficie couverte par les océans et les mers a sensiblement diminué. On ne constate aucune présence de flore ou de faune, ni d'indices d'activités humaines. C'est seulement ici, sur ce littoral, que l'on observe un certain mouvement.
   — Tout ça paraît assez étrange, réfléchit le commandant. Mettons nos scaphandres gravitationnels et allons-y ! »

   Tandis que le transbordeur spatial atterrissait sur une grande surface plane en béton armé, Drag prenait plaisir à observer l'instrument qu'il avait fabriqué. Le manche, un bout de tube métallique, portait à son extrémité une pierre ovalisée, fixée très adroitement. Cet engin permettait de porter des coups superbes. Tout près de lui, Mato s'occupait de sa barbe bien fournie et la roussissait à l'aide d'un laser alimenté par une batterie atomique. Autour de lui, des femmes soudaient, pour en faire des vêtements, des toiles de sac en plastique qu'elles avaient récupérées en excellent état sous les décombres du coin. Ces habits protégeaient de l'humidité provenant de la mer et de la pluie.
   Le petit groupe perçut aussitôt l'arrivée de cette machine volante non identifiée et les étranges créatures qui s'approchaient. Drag serra le manche de son outil et se prépara à les recevoir. Alors le commandant Burk leva solennellement la main.
   « J'ai l'impression qu'il a dit quelque chose, murmura Mato.
   — Tu as raison. Il a prononcé un mot, confirma Drag. Comme s'il avait dit Hello !
   — Tu vois ! Ces mecs aux jambes en fil de fer peuvent parler !
   — Je vous salue au nom de mon peuple, dit haut et clair le commandant. Il s'est probablement produit une grande catastrophe sur cette planète, et nous sommes prêts à vous venir en aide.
   — Pourquoi allez-vous nous aider ? objecta Drag. Nous nous trouvons très bien comme nous sommes.
   — Nous sommes vos frères qui ont abandonné la Terre il y a des milliers d'années.
   — Pourtant, vous ne nous ressemblez guère. De quelle Terre parlez-vous ? intervint Mato.
   — Celle qui est là-dessous, répondit Burk qui frappa du pied un morceau de béton. Et tout ce qu'on voit autour. Votre planète natale s'appelle ainsi, c'est votre monde.
   — Ce drôle de mec déconne complètement, fit le barbu, indigné. Pourquoi est-ce qu'on ne lui balancerait pas quelques paquets de béton ? proposa-t-il à Drag qui était, de toute évidence, le leader du groupe.
   — Attends ! lui dit le chef de la tribu. Tout d'abord, on va expliquer aux jambes en fil de fer quelle est la situation, et, s'ils ne comprennent pas, nous passerons à l'acte.
   — Écoute, toi qui peux parler, dit Drag au commandant, je ne sais pas ce que vous avez en tête, mais tout ce que vous voyez alentour s'appelle le monde de Skuly, notre Dieu. Nous croyons en lui et lui obéissons fidèlement. Et maintenant repartez d'où vous êtes venus, parce que nous avons beaucoup de travail à faire ; sans quoi, comment pourrions-nous être heureux ? Nous avons une tâche considérable à remplir ; toi et les tiens, vous nous gênez.
   — Mais à quoi vous occupez-vous ? demanda Burk, désorienté.
   — À détruire, au nom de la Prospérité suprême. Il nous reste encore beaucoup à détruire, mais, après notre mort, Skuly nous bénira. Nos enfants poursuivront notre mission sacrée, puis leurs enfants feront de même, et ainsi de suite… Maintenant, foutez le camp ! Jusqu'à quand allez-vous nous faire perdre notre temps ? » hurla Drag, qui, d'un geste menaçant, leva son marteau de pierre au-dessus de sa tête.


FIN



© Khristo Poshtakov. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Traduit de la version en langue espagnole par Pierre Jean Brouillaud.

 
 

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06/06/10