Micky Papoz 

Micky Papoz
Principalement connue pour ses activités dans le milieu fanique (fanzine Poivre Noir, organisation de la 18e Convention Nationale de SF de Montfort-sur-Argens, 1991), Micky Papoz n'en est pas moins un(e) écrivain(e) à part entière. Elle a publié deux romans (voir Quelques écrits) et des nouvelles où se mêlent horreur, ésotérisme et fantastique.
Quelques écrits...
  • Les Malfairies (roman, Prix Découverte 1993).
  • Zombies d'ailleurs (nouvelle, Destination Crépuscule n°1).
  • La maison du Meriah (nouvelles, Destination Crépuscule n°2, mars 1995)
  • Gosta de viajar no inverno? (nouvelle, Les enfants vampires, Lueurs Mortes éditions, 1995).
  • Avec ma plus profonde admiration (nouvelle, Les assoiffés, Lueurs Mortes éditions, mai 1996)
  • Comme une fleur sauvage (roman, Prix Découverte 1997)
  • Les oubliés de San Cristobal (en collaboration avec Sébastien Cixous, nouvelle, antho. Ténèbres 2000, éditions Naturellement, 2000).  





  « Oui, vraiment, ils vous vont comme une seconde peau, affirma l'androïde de sa voix numérisée.
  Il venait de passer une paire de gants de couleur beige à la cliente terrienne.
   C'est un cuir très fin, très rare, qui nous arrive de Kling, assura-t-il, c'est ce qui explique le prix...
   La femme avait regardé l'étiquette et sa bouche accusait un pli que le vendeur effaça en lui reprenant la main. Il lissa une nouvelle fois le gant.
   Vous verrez comme vous en serez contente. Certaines clientes m'ont assuré que leurs mains étaient encore plus belles après les avoir portés plusieurs fois. Mais Madame n'a pas besoin de ça, ils ne serviront qu'à vous protéger du froid.
   Laurence approuva d'un signe de tête et conserva les gants pour continuer ses emplettes. Elle en éprouva la douceur. L'air était vif sur Alpha IV. Par moments, elle eut même très chaud. Une sensation agréable, comme si quelqu'un d'autre lui prenait les mains dans les siennes et les picorait de baisers. Ca faisait si longtemps... Elle éprouva un léger vertige.
   Le soir, dans son hôtel, Laurence trouva les gants d'un ton plus rosé.

*

   Que Madame se rassure, c'est seulement un effet de la moiteur. Voyez, ils ont retrouvé leur teinte exceptionnelle. Le simple fait de les avoir rapportés, alors qu'il fait très froid. Vous devriez vous reganter. À moins que vous ne souhaitiez les échanger...
   Non, vous avez raison, répondit Laurence. Je vais les garder. Ce n'est après tout qu'un petit détail sans importance. Je ne sais même pas pourquoi je suis venue vous ennuyer avec ça.

*

   Le soir, lasse mais infiniment heureuse, Laurence constata que les gants montaient jusqu'à la saignée de ses bras. Ils étaient d'un beau rouge sang. Un sourire aux lèvres, elle les remit pour se coucher. Vers minuit, elle alluma la lampe et regarda. Les gants modelaient déjà sa poitrine et montaient vers son cou. La caresse, celle d'un amant, était vertigineuse, de plus en plus enivrante, lascive. Jamais Laurence n'avait connu de telles sensations. Ses traits se convulsèrent sous l'emprise d'une joie sauvage.
   Elle s'assoupit, les narines frémissantes, certaine d'atteindre cet instant d'éternité où elle ne serait plus jamais seule. Une seconde peau se nourrissait de la sienne dans un embrassement absolu. La possession était totale. Son corps ne lui appartenait plus.
   On ne retrouva qu'un cadavre rongé. Pourtant, une expression de béatitude totale baignait le visage sur lequel n'adhéraient plus que quelques lambeaux de chair.
  


© Micky Papoz. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure.

Comme une seconde peau a été publié dans le programme des 5e Convention Francophone & 22e Convention Française de SF (Persistance de la vision, Yverdon-Les-Bains, 1995). Faut-il préciser que cette courte nouvelle fut écrite à partir d'un dessin de Caza et qu'elle reçut le Prix d'Ailleurs ?

nouvelles

23/09/2000

Dernière parution :
Au Seuil de l'Enfer