La nouvelle


   Les prisonniers étaient solidement sanglés à leur siège. Les criminels endurcis en combinaison noire, jugés irrécupérables par le tribunal d'Orion, avaient été condamnés aux travaux forcés à perpétuité. La navette pilotée par deux hommes de la Compagnie amorça sa descente dans l'atmosphère hostile de Nergal. Le centre carcéral, une raffinerie de sélénium, avait été construit sur cette planète minière en accord avec les dirigeants de la société Orka qui voyaient là une source inépuisable de main d'œuvre.
   Le vaisseau se posa sur le toit de l'immense bâtiment ressemblant à un bunker recouvert de plantes parasites.
   Les portes coulissantes de la navette s'ouvrirent, laissant descendre les forçats sur la plate-forme. Un bataillon de droïdes les mit en joue… La voix métallique et autoritaire du système de sécurité que l'on appelait « le taulier » se déversa du haut-parleur pour leur intimer l'ordre de se rendre à la zone d'insertion.
   Là-bas, les nouveaux arrivants subirent une douche antiparasitaire qui leur brûla la peau et les yeux. Ils furent ensuite répartis dans leur cellule exigüe en fonction de la puce insérée derrière leur crâne.
   La voix leur ordonna de faire trois pas en arrière. Les grilles se refermèrent dans un grand bruit.
   Valdo se tourna vers ses deux codétenus qui se tenaient aussi loin que possible de lui, le dévisageant avec un dégoût affiché. Une fois de plus, sa sinistre réputation l'avait précédé… Lui, le monstre…
   Marcus et son comparse Alhik s'étaient fait coffrer pour une série de braquages et de règlements de compte ultra-violents sur plusieurs planètes de la galaxie mère. Pourtant, malgré leur pédigrée, ils redoutaient le jeune homme qui leur faisait face.
   Alhik ne pouvait pas détacher son attention des yeux jaunâtres de Valdo. Ils lui rappelaient ceux des serpents qui peuplaient la planète désertique d'où il venait. Son regard avait quelque chose d'hypnotique… Malgré la peur et la répulsion que le tueur en série lui inspirait, il était fasciné.
   Marcus, lui, se sentait nauséeux en repensant aux détails macabres racontés par les médias : une centaine de filles violées, mutilées et massacrées juste pour le plaisir… Les motivations du garçon lui semblaient abjectes.
   Valdo se contentait de leur sourire d'un air avenant et détendu.
   La situation l'amusait après un procès surmédiatisé, ce long voyage à travers l'espace et maintenant cette plongée en enfer dont il ne devait jamais ressortir.
   Il avait beaucoup observé ses compagnons d'infortune durant le transfert, notant scrupuleusement chaque détail pouvant lui servir, décelant les failles et les faiblesses de chacun pour mieux les utiliser par la suite.
   Valdo avait l'esprit des grands fauves. Comme eux, il était épris de liberté quitte à devoir se ronger une patte pour l'acquérir.
   Les trois hommes se jaugèrent de longues minutes, puis la voix du taulier rompit de nouveau le silence, annonçant la suite du programme : repas, extinction des feux et réveil aux aurores pour une journée à la mine…
   Au réfectoire, tous les regards étaient braqués sur Valdo. Tous les prisonniers l'évitaient soigneusement. Lorsqu'il s'installa à une table, les autres la quittèrent immédiatement. En avalant sa tambouille hyper protéinée, il pensa que ses chances de survie au milieu de ces brutes étaient minces. Sa « notoriété » était vue d'un mauvais œil. Il allait devoir se faire des alliés s'il voulait survivre…

   Plus tard, ils regagnèrent leur cachot, escortés par des matons armés de matraques électriques.
   Un détenu fut exécuté pour désobéissance après avoir reçu un seul et unique avertissement. Les nouveaux comprirent l'essentiel : il était impossible de dialoguer ou d'amadouer un robot.
   Cette nuit-là, personne ne parla. On entendait juste le ronflement sourd du système de ventilation et des cris étouffés venant d'une geôle voisine.
   Le travail du lendemain était si éreintant que peu de prisonniers avaient encore la force de se battre ou même de se rebeller.
   Valdo, lui, observait en silence les rouages du dispositif censé le broyer.
   Tous les matins, ils enfilaient leur combinaison et leur casque avant de descendre dans les galeries sinueuses du gisement de sélénium.
   Les foreuses faisaient vibrer les parois de cette fourmilière dans un vacarme assourdissant. Il y régnait une chaleur étouffante et moite. Les forçats transpiraient à grosses gouttes pour extraire le minerai qui allait servir à l'armement de la compagnie et à l'équipement de leurs gardiens. Valdo trouvait ce détail ironique… Il aurait suffi d'arrêter la production pour que les droïdes ne soient plus que des boîtes de conserve inutiles et encombrantes.
   Les prisonniers bossaient dur car ceux qui ne respectaient pas la cadence imposée étaient froidement fusillés avant d'être ensevelis dans le sol humide. L'instinct avait pris le pas sur le reste et les condamnés s'efforçaient de se soutenir malgré leurs différences. Les semaines, puis les mois passèrent. La routine s'installa…    Valdo se lia d'amitié avec un des mineurs de sa section : Tristan, un vieux loup solitaire, ancien informaticien et technicien de la Compagnie. L'assassin l'appréciait beaucoup, même si le vieil homme restait discret sur les raisons de son incarcération. Il se sentait en confiance avec lui…
   Étant le plus ancien pensionnaire, Tristan se révéla être une source d'informations précieuses. Il était le seul à connaître l'intégralité des plans et les subtilités du complexe pénitentiaire. Alhik commença lui aussi à baisser sa garde et même Marcus lui adressait parfois la parole.
   Un jour, on demanda des volontaires pour former une équipe de surface chargée du défrichement. Valdo sauta sur cette occasion pour travailler dehors et découvrir un peu mieux Nergal. Tristan, Marcus et Alhik furent également de la partie.
   Le boulot était aussi pénible qu'en bas mais au moins ils respiraient à l'air libre. Le paysage verdoyant autour d'eux était magnifique.
   Les hommes trouvèrent bizarre que leurs gardiens ne les surveillent pas plus. Ils pensèrent tous à l'évasion. Mais ils se rendirent vite compte qu'ils n'auraient pas survécu une seule nuit sans leur protection car une bête sauvage les attaqua par surprise. Le temps que les surveillants l'abattent, elle avait égorgé un ouvrier d'un coup de griffes.
   La créature efflanquée qui écrasait le détenu avait un corps musculeux, dépourvu de poils, couvert d'escarres et d'excroissances osseuses à l'aspect repoussant. Des centaines de petits yeux à l'éclat froid surmontaient une gueule béante, démesurée, pleine de plusieurs rangées de crocs effilés dégoulinants de bave. Valdo ne put s'empêcher de la trouver magnifique.
   Les droïdes les rappelèrent à l'ordre. Ils reprirent leur besogne, abandonnant les corps aux charognards.
   Un peu plus tard, ils débroussaillèrent à proximité des carcasses. Elles étaient déjà couvertes de mousse humide et de champignons blancs.
   Marco et Alhik furent contraints de les déplacer. Ils creusèrent une fosse et s'armèrent de courage en enfilant leurs gants.
   Marco manqua s'étouffer quand les entrailles des charognes libérèrent un nuage de poussière ocre autour d'eux.
   Durant le trajet de retour, le braqueur fut pris de tremblements et de spasmes.
   Il devait faire cinquante degrés dans l'habitacle du half-track. Pourtant Marcus grelottait et claquait des dents.
   Le complexe était dépourvu d'infirmerie et de médecins. Les prisonniers se retapaient entre eux, enfin quand cela était possible. Tristan lui donna une boîte d'antibiotique qui servait à tout :
   — Prends ça gamin, ta fièvre devrait descendre !
   Valdo vit que, sous ses airs rassurants, le vieux n'en croyait pas un mot.

   Le soir même, Marco fut pris de violentes convulsions.
   Le caïd, le teint cireux, délirait, suant à grosses gouttes, parlant d'une voix pâteuse et éteinte à des personnes qui n'étaient pas là. Il fut pris de convulsions et se mit à vomir du sang.
   Alhik était inquiet et ne savait pas quoi faire pour soulager son ami.
   Valdo, excédé et écœuré, avait bien une petite idée en tête mais préféra ne rien dire… Il s'endormit bercé par les râles et les gémissements du malade.
   Quand il s'éveilla, les premiers rayons du soleil éclairaient le corps de Marcus avachi à côté des toilettes.
   Une sorte de mycose s'était développée sur la dépouille liquéfiée. De la mousse sur une souche pourrie. Sa peau, devenue spongieuse et grisâtre, partait en lambeaux, se détachant des os par paquets flasques, formant un tas immonde sur le sol.
   Alhik s'approcha. Il toucha la jambe du mort du bout de sa chaussure. Le cadavre s'affala sur lui-même, l'abdomen tendu et gonflé se déchira dans un grand bruit mou, libérant un fluide putride et un nuage de particules en suspension qui dansa dans la lumière de l'aube.
   Une odeur lourde les prit immédiatement à la gorge.
   Les deux hommes s'éloignèrent le plus loin possible. Les hurlements des deux hommes ameutèrent les gardiens qui firent évacuer et stériliser la cellule. Pour une fois, Valdo accueillit la douche de détergent et ses nouveaux vêtements avec reconnaissance.
   Au réfectoire, il aborda Tristan. Ils s'installèrent à une table. Valdo lui raconta d'une voix neutre ce qui était arrivé à Marcus. Le vieil homme à l'annonce de cette nouvelle eut un mouvement de recul. Ce n'était pas de la surprise et encore moins de la peur que Valdo lisait dans les yeux bleus délavés de Tristan, mais de la résignation.
   Il s'expliqua :
   — Tu sais, on a tout eu ici : la malaria, le typhus, le choléra et un tas de saloperies plus vachardes les unes que les autres… Et la Compagnie s'en cogne ! À croire qu'ils nous utilisent comme cobayes ! Depuis que je suis arrivé, j'ai survécu à toutes ces merdes. Crois-moi, c'est un miracle que je tienne depuis toutes ces années ! Une fois, on a même perdu trois-quarts des hommes à cause d'une simple grippe…
   Il fut interrompu par quelqu'un qui fut pris d'une quinte de toux déchirante. Tous se tournèrent vers lui le regard inquiet.
   Tristan reprit :
   — Le mieux est de ne pas ébruiter ce qui s'est passé ! Fais-moi confiance. Le pire serait de créer une émeute. Il y aurait encore plus de morts… Je sais de quoi j'parle ! Vu qu'en plus, on ne peut rien y faire, le mieux est d'attendre. Prions pour en réchapper !
   Valdo l'interrompit :
   — Je ne crois pas en Dieu, vieillard, et je ne vais pas attendre de finir en putain de gelée grise !
   — Pour l'instant, je ne m'inquiéterais pas de ça si j'étais toi. Tristan jeta un coup d'œil à Alhik qui s'était accroupi, tremblant et fiévreux, dans un coin du réfectoire.
   — Il a l'air plus mal en point que toi ! Je crois que c'est lui la priorité…
   Une pensée traversa l'esprit de Valdo. Il eut un sourire involontaire avant de murmurer :
   — Vieux fou ! Tu ne comprends pas ? Une émeute, c'est la meilleure chose qui puisse nous arriver ! C'est ce soir ou jamais si on veut quitter ce foutu trou à rats…
   Il soumit à voix basse son plan d'évasion. Avec son brevet de pilotage, ça devait être possible.
   Au début Tristan se moqua de Valdo. Mais à bien y réfléchir, c'était peut-être jouable.
   Il fallait néanmoins avoir de la chance et attendre l'occasion propice. La clef résidait dans le va-et-vient constant des vaisseaux cargos remplis de sélénium et l'excès de confiance de la compagnie dans son système de surveillance d'un autre âge.
   Les pièces de puzzle se mirent en place une à une dans l'esprit de Tristan. Ce dernier comprit que toutes les conditions nécessaires étaient réunies pour réussir ce coup. Il se dit qu'il ne survivrait pas à une infection de ce genre. Et puis il avait déjà suffisamment payé pour ses crimes. Valdo et Tristan commencèrent à faire circuler la rumeur qu'une maladie foudroyante trainait parmi les prisonniers.

   L'équipe de surface se remit à déboiser sous un soleil de plomb. Valdo observait Alhik occupé à élaguer les branches d'un arbre. Le garçon semblait hagard, agissant machinalement, presque au ralenti, le regard perdu dans le vague. Valdo tenta de lui parler mais n'insista pas devant son mutisme et sa mine défaite.
   Valdo s'efforça de ne pas trop s'approcher de lui. Les autres ouvriers commencèrent à s'agiter en voyant Alhik vomir du sang.
   Le soir, le half-track les ramena au centre pénitentiaire.
   Ils se douchèrent et dînèrent dans le réfectoire. Le pauvre Alhik, les yeux vitreux, déambulait d'un pas lourd entre les tables en parlant tout seul.
   Les prisonniers se regroupèrent d'un côté de l'immense salle. L'agitation était à son comble. Tristan et Valdo en profitèrent. Ils prirent les autres à partie, racontant ce qui était arrivé à Marcus, parlant de ces mystérieuses spores capables de liquéfier un homme. Il fallait que la Compagnie établisse une quarantaine au plus vite.
   Tout le monde respectait Tristan pour son ancienneté. L'inquiétude palpable du vieillard fit monter la pression d'un cran. Certains commencèrent à bousculer Alhik en l'insultant.
   La voix du taulier couvrit bientôt le brouhaha alors que les droïdes se déployaient. Les avertissements pleuvaient, attisant la colère jusqu'à son point de rupture. Alhik fut lynché dans une bousculade générale. Des forçats se jetèrent ensuite sur les gardiens, frappant à coups de chaises, utilisant les tables pour les maîtriser et s'emparer de leurs armes.
   Les premiers tirs finirent de mettre le feu aux poudres.
   Certains pensionnaires, ayant réussi à ramasser les fusils à impulsion des droïdes mis à mal, répliquèrent. La situation dégénéra.

   Valdo attrapa Tristan par la manche. Ils profitèrent du chaos général pour se faufiler dans les cuisines laissées sans surveillance.
   Tristan ouvrit la trappe d'un des immenses vide-ordures. Il était le seul à savoir où menait ce passage et durant toute son incarcération, il n'en avait jamais parlé à personne. Enfin jusqu'à Valdo. Ils hésitèrent une fraction de seconde en sentant l'odeur pestilentielle qui montait du conduit.
   L'alarme se mit à beugler et la voix synthétique du taulier hurlait à tous les droïdes disponibles de rejoindre immédiatement la zone de conflits pour rétablir l'ordre.
   Les deux compères sautèrent l'un après l'autre sans réfléchir, retenant leur souffle alors qu'ils glissaient dans le boyau puant. Leur chute fut amortie par un amas de déchets et d'immondices. Ils se trouvaient dans le sous-sol qui reliait la raffinerie à la mine. L'endroit était peu surveillé car aucun prisonnier n'était censé y avoir accès.
   Ils empruntèrent des escaliers métalliques jusqu'au dernier étage. Comme prévu, plusieurs vaisseaux cargos étaient stationnés en zone d'embarquement sur le toit, les cales remplies à ras-bord de sélénium. Aucun maton en vue…
   Les pilotes et le personnel de bord jouaient aux cartes dans un baraquement en attendant l'heure du départ. Leurs rires tonitruants couvraient presque le bruit des machines.
   Les deux bagnards se faufilèrent discrètement à bord du bâtiment le plus proche et se dissimulèrent dans la minuscule navette de secours située à l'arrière. Il y avait à peine de la place pour deux.
   Ils attendirent patiemment l'aube alors que l'émeute faisait rage et que les cadavres de leurs camarades s'entassaient pour former un véritable charnier sur le sol du réfectoire.
   Les agents scannèrent les puces à la base du crâne des défunts. On s'aperçut de la disparition des numéros SFD672UC et XVS893ST. Il était trop tard, le vaisseau quittait déjà l'atmosphère.
   Valdo et Tristan soupirèrent de soulagement. Ils étaient épuisés mais tout se passait comme prévu. Lorsqu'ils furent suffisamment loin de l'attraction de Nergal et des radars de la compagnie, ils abaissèrent le levier pour libérer le vaisseau. L'équipage n'eut pas le temps de réagir. Le jeune homme actionna la manette des gaz et la navette fila.
   Valdo avait vaincu le système, ses juges et ses bourreaux. Il allait pouvoir reprendre son œuvre là où il l'avait laissée et instaurer une nouvelle ère de terreur quelque part. Il jubilait à l'idée des bains de sang qu'il allait offrir au monde.
   Il enclencha le pilotage automatique pour un périple d'une bonne journée, direction un petit satellite d'Orion où il avait sa planque. Il n'y avait plus rien à faire, juste être patient. Il se réjouissait d'avoir trouvé un comparse aussi malléable que Tristan. Ce dernier, pensif, contemplait Valdo. Maintenant qu'il était en cavale, tous ses démons ressurgissaient et venaient le torturer.
   Après tout, ce fichu gamin avait pris sa place auprès des médias et dans le cœur terrifié des foules alors que lui croupissait sur Nergal.
   À cause de lui, on l'avait oublié. Son nom n'évoquait plus rien aux jeunes générations alors que Valdo était bien loin du compte. C'était un simple copieur, un remplaçant. Sans le savoir, ce petit con lui offrait une chance de repartir à zéro et de reprendre ce qui lui était dû…
   Valdo, gêné par le silence pesant, se tourna pour demander à son compagnon pourquoi il n'avait jamais tenté une évasion auparavant.
   Pour toute réponse, un choc violent lui brisa la mâchoire dans un grand bruit et l'envoya contre le tableau de bord. Il n'entendit pas ce que lui disait le vieux car un deuxième coup, encore plus fort que le précédent, lui fracassa le crâne dans une gerbe de sang, de morceaux d'os et de cervelle.
   Tristan respirait fort. Son rythme cardiaque s'était emballé. Il avait oublié ce que cela faisait de tuer à mains nues… Le passage à l'acte. Le sentiment de toute puissance qui l'accompagne. Une vague de plaisir le submergea, lui donnant le vertige.
   Voilà. Voilà pourquoi il avait choisi de rester sur Nergal, parce qu'il savait qu'une fois libre, il recommencerait à tuer jusqu'à la frénésie…
   Comment avait-il pu croire qu'il pouvait s'en passer ?
   Le meurtre de son codétenu sonna comme une révélation après ces vingt années d'emprisonnement et d'abstinence. Sa carrière allait connaître un nouveau souffle.
   Il tira Valdo par son col ensanglanté et l'installa sur le siège.
   Tristan s'affala sur l'autre banquette. Il ne s'était pas senti aussi bien depuis une éternité. Il ferma les yeux et commença à somnoler.

   Réveillé par une sensation étrange qui le tira d'un rêve érotique où il explorait les entrailles d'une jeune femme, il constata que ses vêtements étaient humides, empestant l'odeur de Nergal. Il essaya de rassembler ses esprits mais un épais liquide coula du plafond et s'écrasa sur son visage. Surpris et écœuré, il se redressa en hurlant.
   Un lichen filandreux et tenace avait colonisé l'intégralité de l'habitacle. Il s'étendait partout, tissant un réseau poisseux sur les parois métalliques...
   Il tourna la tête vers la silhouette indistincte de Valdo juste à côté de lui.
   Des excroissances osseuses, pareilles à des coraux aux branches nacrées, avaient perforé son dos et ses flancs. Ses chairs s'écoulaient lentement en magma glaireux, formant une flaque visqueuse sur le siège.
   Tristan se mit à trembler en apercevant l'écran lumineux. Il restait encore deux heures avant l'atterrissage. Il ferma les yeux en gémissant lorsque le crâne de Valdo se fendit. Un long champignon blanchâtre s'épanouit, libérant un brouillard de spores autour de lui…

FIN


© Romain Billot. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 
 

Nouvelles



20/05/12