La nouvelle


   Monsieur qui êtes au ciel,
   Au nom de tous les hommes qui habitent ce monde – le vôtre – je me permets de m'adresser à votre très haute Divinité avec l'objet suivant :
   — exiger la restitution de la côte que Vous avez soustraite à notre père Adam, alors que celui-ci se reposait au centre de loisirs connu sous le nom d'Eden, et
   — faire en sorte que l'Histoire reprenne son cours à partir de l'instant précis qui a précédé ce malencontreux événement.
   Nous exigeons également l'indemnisation correspondante, plus les intérêts échus depuis la création (conformément aux calculs de l'archevêque Ussher datant de quatre mil quatre avant la naissance de Votre Fils), ainsi que les honoraires et les coûts afférents. Nous nous réservons, en outre, le droit d'intenter, devant les tribunaux du Ciel que vous dirigez, les actions au pénal correspondantes afin d'obtenir compensation pour l'acte répréhensible que vous avez commis et que nous considérons bel et bien comme un vol. Nous sommes certains que Votre Infinie Sagesse n'interférera pas dans l'administration de la Justice.
   J'insiste sur le fait que la côte d'Adam, notre côte, nous a été soustraite, volée, dérobée, escroquée. Et, ce qui est bien pire, abusivement utilisée pour créer un triste personnage lequel n'a, depuis lors, fait que perturber le cours normal et paisible de la vie de l'homme.
   Notre père Adam était très bien tout seul, et nous sommes certains que Vous l'aviez doté de l'intelligence qui lui permettait d'assurer lui-même la satisfaction de ses besoins sans qu'intervienne dans Votre Création un nouveau personnage qui n'a fait que brouiller les pistes et qui Vous a, entre autres, fait perdre le contact avec l'excellent produit sorti de Vos mains. Nous n'en doutons pas. Vous avez agi correctement en expulsant Adam et la mégère, puisqu'il ne Vous restait pas d'autre possibilité, compte tenu de la règle régissant Votre ciel. Mais nous sommes convaincus que ce choix vous aurait été épargné si la susdite avait eu un autre comportement.
   Confiant en votre discernement.



FIN

© Daniel Frini. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Pierre Jean Brouillaud.
 
 

Nouvelles

27/01/13