La nouvelle



   Redoutables pendules qui vous sonnent pour vous sommer d'affronter votre destin, qui peuvent s'arrêter sans crier gare au milieu d'un chagrin qu'on voudrait esquiver, ou refuser de s'attarder au milieu d'un bonheur qui se déroule...
   J'ai reçu la mienne à ma naissance. Je dois, paraît-il, la garder et la regarder toute ma vie. Je dois, paraît-il, lui obéir.
   Interdiction de différer, d'avancer ou d'annuler un événement qu'elle a fixé. Elle ferait, d'un battement (de balancier vengeur), deux coups, en m'envoyant aussitôt à la rencontre – fatale – d'un autre « anarchiste » !
   Interdiction de la briser ou de l'échanger !
   Interdiction de voler celle d'un mieux loti que moi : le grand ordonnateur du Temps voit tout, sait tout, et me foudroierait aussitôt !
   Obligation de subir son murmure métronomique : « Trime et tais-toi ! », « Trime et tais-toi ! »...
   Obligation de supporter sa sonnerie qui me vrille régulièrement le tympan de ses « Achtungggggggggg ! »

   J'ai commencé par composer avec elle, pour endormir sa méfiance et celle de celui qui, de là-haut, gère son armée de servantes dociles. Puis, je me suis révolté et j'ai tenté de la perdre... en vain. On me l'a rapportée chaque fois : « Monsieur, monsieur ! Vous oubliez... » Et moi de me répandre en remerciements, d'offrir une récompense alors que la main me démangeait de souffleter l'opportun ; alors que ma langue brûlait de l'enjoindre vigoureusement à s'occuper de ses affaires.
   Pas de doute, je suis coincé. Il ne me reste plus qu'à regarder tourner encore et encore les ironiques aiguilles :    « Trime et tais-toi ! », « Trime et tais-toi ! ».
   Prisonnier... Je suis prisonnier du Temps... Vous aussi, sans doute, même si vous l'ignorez !

FIN


© Joëlle Brethes. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 
 

Nouvelles
Mauvais choix
La Mère

06/10/12