La nouvelle


Terrifiant et beau, deux qualités inséparables.
( Rupert Morgan )

   Depuis son enfance, il avait toujours redouté une certaine qualité de la nuit, et ses crépuscules étaient remplis d'appréhension. La musique des ténèbres pouvait très bien se déclencher dans un jardin, où les oiseaux innocents annoncent la fin du jour, ou bien dans un lieu paisible où résonne soudain la mélodie des cloches. Goethe haïssait, semble-t-il, cette chanson-là. Toujours est-il que ces carillons vespéraux, notamment au mois de mai, lui semblaient non pas prometteurs de redemption mais lourds de menaces.
   Parfois il se souvenait d'un chapitre d'un vieux roman, un peu pompier, où dans une Chine d'opérette sanglante, un homme était mis à mort enfermé sous une immense cloche, dont le battant allait et venait, sans répit, dans des vibrations létales.1
   Oiseaux chanteurs, voix de bronze, peu importe : le déchirement s'emparait de lui. C'était comme de voir un grand rideau rouge (et bleu, selon la circonstance) fendu sur toute sa hauteur par une lame aussi tranchante que celle d'une navaja ou d'un stylet italien. Car il avait également une peur bleue des armes blanches, celles des lâches et des maniaques. Les tueurs en série en usaient aussi fréquemment que les tourmenteurs de femmes et d'enfants. Les crimes les plus répugnants de l'histoire avaient été commis avec des poignards et des lames fourbes, et les terroristes modernes adoraient les gorges tranchées presqu'autant que les hécatombes aux explosifs.
   Il rêvait souvent qu'il se trouvait dans une salle entièrement carrelée de bleu pale, une pièce dénuée de tout mobilier. Il y avait une porte quelque part, mais elle était adroitement dissimulée derrière la porcelaine bleuâtre. Et il savait qu'ON l'observait, qu'ON attendait un signal, qu'ON était armé d'une lame courbe, aussi aiguisée qu'un rasoir droit : une arme terrifiante.
   …et soudain des oiseaux pépiaient une ritournelle moqueuse, et des cloches battaient à la volée, annonçant l'approche inexorable du "péril". Parfois il s'éveillait à ce moment-là, la gorge serrée comme par une lanière de cuir, mais d'autres fois, le rêve continuait, impitoyable et brutal.
   Quelqu'un surgissait dans la pièce, quelqu'un aux contours flous, engoncé dans un vêtement bleu, semblable à celui d'un targui. Et IL brandissait l'arme impitoyable, dont la lame reflétait elle aussi le bleu de la mort. Le déchirement ultime explosait quand le couteau (la dague, le kriss, le kandjar) s'approchait de sa gorge.

   UNE FOIS, DANS SA VIE PROFESSIONNELLE, IL AVAIT VU, ALLONGÉE SUR UN TROTTOIR NOCTURNE, UNE FEMME TUÉE À L'ARME BLANCHE. DÉCHIRÉE AVEC UNE INFERNALE CRUAUTÉ. ET CETTE VISION N'AVAIT PLUS QUITTÉ SON ESPRIT : COMME S'IL AVAIT ÉTÉ LUI-MÊME RESPONSABLE DE CETTE TUERIE ATROCE. IL ÉTAIT ENCORE JOURNALISTE À CETTE ÉPOQUE, MAIS IL HAÏSSAIT LES FAITS-DIVERS ET LES DÉRIVES SAIGNANTES ET SENSATIONNALISTES. LE HASARD SEUL ÉTAIT CAUSE DE SA PRÉSENCE SUR LES LIEUX DU DRAME … IL SE SENTAIT COUPABLE DE VOYEURISME… IL ÉTAIT UNE SORTE DE JACK THE RIPPER VIRTUEL … LE PASSAGE DE LA LAME DANS LE CORPS DE CETTE FEMME ANONYME ÉTAIT UNE PAGE SANGLANTE IMPRIMÉE DANS SA MÉMOIRE. À JAMAIS !

   1. Le voyage en rond

   Il est tôt. Le matin s'annonce frais, mais la météo annonce une journée brûlante. Il vient de terminer un article pour une revue littéraire ; depuis qu'il vit de sa plume, en free-lance, il multiplie les collaborations. Il arrive tout juste à joindre les deux bouts, mais c'est toujours mieux qu'avant quand il prostituait sa prose dans une sorte de tabloïd inepte et inscrupuleux. Il était spécialisé dans les aventures imaginaires des filles dévêtues qui faisaient florès dans ce quotidien torcheculatif. Certes il palpe moins d'argent, mais il peut de nouveau se regarder dans un miroir.
   Donc… il vient de terminer un long article, presqu'un petit essai, et il est assez content de lui. Une fois n'est pas coutume, n'est-ce pas ? Mais la nuit passée, il a encore rêvé de couteaux et de plaies béantes. Dès trois heures, fini, plus moyen de fermer l'œil. Les cauchemars s'étaient mués en visions et en hallucinations. Certaines prenaient des colorations languissantes (languides auraient écrit les symbolistes !), voire explosives, giclant des couleurs et des pierres semi-précieuses. Des éclats acérés s'enfonçaient dans sa chair, parfois dans ses yeux, telles des pointes d'obsidienne. Et il se sentait saigner à l'intérieur de lui-même, son âme offerte au déchirement.
   Maintenant, il est neuf heures (heure d'été), et le jardin ressemble à une jungle en miniature. Il n'en prend plus soin : d'entretenir ce coin d'Eden famélique le lancine. Il préfère laisser aller les choses, et les choses vont comme elles vont, ni mieux ni plus mal qu'avant, quand il ne vivait pas seul et que sa compagne le poussait au travail manuel, arguant que sa cérébralité le conduirait à sa perte. ELLE disait "cérébralité", un beau mot, convenable à la situation.
   Il est neuf heures, et il décide de faire un tour en voiture. Il déteste conduire : il a souvent peur en voiture, mais cette fois, il faut qu'il sorte ; il ne veut pas s'assoupir et retomber sur les ombres tranchantes du subconscient.
   Il fuit le jardin, comme si c'était celui du Diable. Du Mal. THE GARDEN OF EVIL.
   Il fourre une poignée d'euros dans sa poche, et il grimpe dans sa petite Suzuki automatique. C'est une voiture facile à conduire, même si les Européens s'entêtent à changer les vitesses toutes les deux minutes et à caler dix fois par jour.
   Il ne sait pas où aller, alors il va au hasard. Pas l'autoroute, il souffre d'une peur panique des embouteillages, des bouchons. Il se paie la nationale puis des départementales, puis des villages de demeurés, qu'il découvre avec un certain ravissement. Il passe la journée à voyager en rond et s'arrête pour déjeuner dans une auberge peu accueillante, dans un hameau lugubre. Il n'aurait jamais imaginé, à quelques dizaines de kilomètres de la ville, qui n'est pas bien grande, il est vrai, mais très enchevêtrée, comme un labyrinthe moderne, des bourgades peuplées de vestiges humains. À croire qu'il s'est égaré dans une autre dimension de l'espace et du temps. En tout cas, ces villages fleuris sont comme autant de décors qui cachent l'altérité de leurs habitants ; il se demande même si ces localités figurent sur les cartes. Des chiens rôdent dans les rues principales : ils ressemblent à ceux que l'on voit sur les peintures de la fin du Moyen Âge ou de la Renaissance. D'étranges quadrupèdes dont le museau effilé laisse pendre une langue rouge et fine, qui pourrait se révéler bifide comme celle des vipères exotiques. Bizarrement, alors qu'il devrait être pris d'angoisse, il se sent plutôt à l'aise dans cet environnement extraordinaire.
   Il finit par s'arrêter sur une place entourée de huit platanes et dominée par une église fort laide. Entre les arbres se dresse un monument assez hideux : une vierge ou une sainte quelconque. Cette sainte ou cette madone ressemble davantage à une sorcière qu'à une creature céleste. Mais la sorcellerie et la sainteté ne sont-elles pas apparentées ? Le recto et le verso d'un même parchemin, sur lequel Dieu et le Diable ont laissé leur empreinte ?2
   Il déchiffre une inscription sur le piédestal de la statue :
   SANCTA FELISBERTA, INTERCESSIO TUA MANEAT SEMPER. JUDAS STELLIUS FECIT. MCMLXIII.
   Il en reste interloqué : une sainte prénommée Felisberta, taillée dans la Pierre par un "artiste" nommé Judas Stellius. Où se trouve-t-il présentement ? Certainement pas à trente ou quarante kilomètres de sa maison citadine.
   Il contempla un instant le clocher de l'église paroissiale, d'une laideur réellement repoussante et d'une hauteur disproportionnée pour un patelin de quelques centaines d'âmes.
   En face, il découvrit un troquet qui se nommait fort originalement «café-restaurant de la Place». Se sentant très attiré par cet endroit, il traversa l'espace arboré et entra dans la pénombre fraîche. Il crut avoir pénétré dans un caveau où il n'y avait pas même un chat. Il s'assit à une table couverte d'une nappe à carreaux rouges et blancs et appela : « Y a-t-il quelqu'un ? » Aussitôt apparut une assez belle fille, très bien en chair, qui aurait été davantage à sa place dans un bar citadin, bien qu'il demeurât en elle un côté campagnard, plutôt sympathique et sensuel.
   — Bonjour, monsieur. Ce sera ?
   Il commanda un cruchon de blanc très frais.
   Elle revint très vite pour lui servir un verre de vin et dévoiler sa poitrine aggressive, dans le pull très échancré. Il but et demanda :
   — Qui sont cette sainte Felisberta et ce Judas Stellius ?
   Elle sait que la sainte est la patronne du village, mais elle avoue tout ignorer de la personnalité du sculpteur. Qui aurait donné à son fils le prénom de l'Iscariote ?
   Il est pris de tremblements, car la fille est retournée derrière le comptoir et tient un couteau dans sa main. Une lame très longue et très impressionnante. Elle en vérifie le tranchant d'un pouce négligent et semble satisfaite. Elle sort par la porte de derrière. Sans doute va-t-elle exécuter une volaille ou un lapin pour la cuisine. Il se tend comme un arc et vibre d'angoisse. Puis il entend des couinements suivis d'un silence rouge.
   Je deviens vraiment d'une sensibilité maladive. Nous sommes à la campagne, nom de Dieu… et à la campagne, on tue des poules et des lapins – pour les manger !
   Il aimerait en savoir plus long sur la sainte et le judas.
   Il se sert un autre verre : la cruche de grès est d'ores et déjà presque vide.
   Mais qu'est-ce que je fous ici, moi ?

   Oui, que faisait-il dans cet étrange village, en face de l'église colossale, consacrée à une sainte qui tirait une gueule de sorcière ? Sculptée par un prénommé Judas ? Il imaginait les bourdons du clocher, énormes, fracassants, leurs battements semblables à ceux d'un Cœur géant, capables de provoquer séismes et destructions.
   Sous un prétexte quelconque, mais en fait pour remuer des seins et de la croupe devant ce citadin égaré, la serveuse revint à sa table :
   — Demain, c'est le jour de la gibelotte. Vous aimez ça ?
   Il dit que oui, il aimait bien.
   — Il vous faudra alors…
   Elle désigna un panonceau au-dessus du comptoir «Chambre à louer» et vit qu'il qu'il lorgnait sa poitrine et ses jambes dévoilées par la jupe très courte. Elle rit.
   Il avait effectivement envie de rester. Mais pas seulement pour la gibelotte. Il termina son vin, laissa un gros pourboire et sortit en lançant :
   — Je prends la chambre.
   Il traversa la place pour entrer dans l'église.
   Et les pressentiments y entrèrent avec lui. La menace des cloches, suspendues au-dessus de sa tête – les visions tranchantes, douloureuses qu'elles pouvaient engendrer, comme les rats véhiculent la peste. La nef était froide et sombre, mais une lueur frêle et bigarrée tombait des vitraux du chœur, sans parvenir à égayer un tant soit peu les aîtres. À vrai-dire les verrières décrivaient des scènes infernales, où les damnés subissaient toutes sortes de tourments ignobles, voire obscènes. La sainte patronne trônait au centre de ces images repoussantes.
   À nouveau, cette prière : « SANCTA F. INTERCESSIO TUA MANEAT SEMPER ».
   Une femme était assise sur le premier banc. Et un prêtre entre deux âges se tenait appuyé à l'autel, regardant la femme.
   Sinon l'église était vide.
   Menaçante. En tout cas, elle n'incitait ni à la prière, ni à la méditation.
   Il avança silencieusement, se tenant dans l'ombre des épaisses colonnes de la nef. Instinctivement il évitait de faire le moindre bruit.
   Quelqu'un dans les hauteurs du sanctuaire se mit à jouer de l'orgue : une composition (une improvisation ?) lugubre à souhait. Mais il se dit qu'il était mauvais juge, n'ayant jamais apprécié la musique d'orgue qu'à doses homéopathiques. Il se trouva bientôt placé de manière à mieux voir la femme et retint son souffle quand il constata qu'elle avait relevé sa jupe et écarté les jambes. Elle ne portait pas de culotte et se caressait à pleine main, l'index et le majeur enfoncés dans la fente de son sexe. Le prêtre la regardait faire en tremblant, toujours appuyé à la sainte table. Jamais il n'avait assisté à un spectacle aussi incongru. Mais TOUT AVAIT L'AIR INCONGRU DANS CE VILLAGE HANTÉ.
   La femme qui se branlait ressemblait comme une sœur à la serveuse du café/restaurant de la Place. Elle avait renversé la tête et fermé les yeux à moitié. Quand elle jouit bruyamment, couvrant presque les chuintements de l'orgue, le curé si peu catholique devint cramoisi et faillit perdre l'équilibre.
   Cette scène l'avait excité. Mais il craignait maintenant d'être découvert dans son triste rôle de voyeur matant un autre voyeur et une femme en train de se masturber dans un lieu de culte. Un blasphème faisant partie des classiques de la perversité.
   Puis la fille se leva et alla vers le prêtre, lui tendant la main avec laquelle elle venait de se caresser. Le profanateur enfouit dans sa bouche l'index et le majeur de la pécheresse et les suça avidement.
   Il en profita pour s'éclipser et gagner la porte du sanctaire équivoque.
   Il avait l'impression que les regards du curé et de la fille lui trouaient les omoplates mais après tout ce n'était pas sa faute si cette fichue trainée ressentait le besoin de se branler devant monsieur l'abbé…
   Juste au moment où il poussait le battant, les cloches de cette église hantée se lancèrent dans un carillon déferlant, certainement censé annoncer les vêpres. Il plaqua les mains sur les oreilles et se projeta au-dehors, ayant perdu le sens de l'équilibre, tel un plongeur dont le tympan vient d'être crevé par la pression sous-marine. Il se noyait dans le tintamarre sacré. Sur la place, dans les platanes, quelques oiseaux voletaient en silence.
   Et la serveuse se tenait devant le café-restaurant, un sourire aux lèvres, le vent faisant voler sa courte jupe autour de ses cuisses musclées. Elle lui fit signe gentiment, comme si elle le connaissait depuis toujours. Il avait foutrement besoin d'un verre : seul l'alcool parviendrait à rendre supportables ces foutues cloches.
   Il commanda du vin que la sœur jumelle de la dépravée de l'église lui apporta sans retard. Pendant qu'elle le servait, elle riva son regard dans le sien, avec une expression sans équivoque.
   Les cloches cognaient toujours, comme des cœurs d'airain. Il but encore-encore, et elles finirent par se taire. Il aurait été trop tard pour lui, à présent, de reprendre le volant et rentrer en ville : il avait bien fait de retenir la chambre. La jeune femme avait de la suite dans les idées : elle lui dit, en le frôlant :
   — Mon petit nom est Berta. B, E, R, T, A … La moitié des femmes dans ce patelin portent le même prénom que moi.
   Foutues cloches, foutue vinasse !
   Elle lui proposa de manger "un petit quelque chose", mais il n'avait qu'une hâte : cuver son vin et calmer ses aigreurs d'estomac.
   Il s'appuya sur elle quand ils montèrent les escaliers. À l'étage, elle ouvrit une porte. Elle donnait sur une chambre modeste mais propre et bien tenue. Comme les cloches se taisaient, c'était un hâvre de paix. Il se laissa tomber sur le lit et s'endormit immédiatement. Retrouva son rêve de couteaux et d'ombres bleues. La fille s'en alla sur la pointe des pieds.
   Elle avait des lapins à dépecer, une tâche qui ne la rebutait en rien. Elle aimait manier les lames bien aiguisées, tirer sur la fourrure, qui venait toute seule, lorsqu'on savait s'y prendre. Il y avait quelque chose de sensuel dans cette cérémonie de l'écorchage, comme quand on fait aller et venir la peau sur un sexe d'homme, avec les doigts ou avec la bouche. Sauf que la finalité, évidemment, n'était pas la même.
   Elle choisit un couteau adéquat. Et sortit dans la cour herbeuse où les cadavres de lapins étaient rangés sur une grande table de bois blanc supportée par des tréteaux.
   Elle se mit à fredonner une petite chanson, plutôt douce, qui parlait d'animaux faisant des galipettes dans la luzerne, une chanson émaillée de propos à double sens. Et sa lame remplit parfaitement son office. Elle alla en choisir une autre pour la cérémonie du découpage.
   Quand trois clients se présentèrent, elle quitta à regret la cour où poussaient des roses trémières. Les nouveaux venus lui tinrent des propos salaces et grossiers mais elle n'en avait cure ; elle était habituée aux forts-en-gueule, qu'elle surnommait à part elle : "les grandes gueules à petite queue".
   Ils burent vite et beaucoup et laissèrent un bon pourboire. L'un d'eux lui dit qu'elle avait "un cul à gagner de l'or". Mais ça, elle le savait déjà.
   Les gens étaient venus nombreux pour les vêpres de Sainte Felisberta. Ils repartirent dans une nouvelle sonnerie de cloches, en traînant les pieds comme si le curé leur avait annoncé leur propre damnation.
   Le curé qui avait célèbré les vêpres avec ses sous-vêtements trempés de sperme, mais qui n'en était plus à une impiété près.

   2. La nuit, le matin

   Il dormit d'un trait jusqu'au lever du jour. Il fut réveillé par les oiseaux, mais à son grand étonnement, et en dépit de sa gueule de bois, il ne ressentit aucune angoisse : il eut même l'impression que les gazouillis et les sifflements avaient sur lui un effet calmant.

   « Même les hideux cauchemars de la nuit avaient disparu, dissipés par un radieux soleil. Il avait rêvé que la serveuse (Berta, Berta, Berta…) l'écorchait comme un lapin, à l'aide d'un couteau de forme orientale (!). Le curé et la fille du banc se tenaient derrière l'écorcheuse et ne cessaient de répéter : « Ah, la belle gibelotte que ça fera ! » Et ils se pourléchaient les bâbines, en salivant et en grognant.
   Et le couteau de Berta dansait sa gigue sanglante.
   La fille souriait avec affabilité, et une lueur presque tendre s'agitait dans ses yeux de faïence. »

   Finalement qu'est-ce qu'un rêve ?
   Il se sentait bien, au diable les rêves…
   On frappa et il dit : « Entrez ! »
   C'était Berta avec le petit déjeuner. Café, lait, pain frais, fromage, beurre et confiture de rhubarbe.
   — Non, je ne prends jamais de lait.
   — Vous avez fort : ça fait du sperme, c'est bien connu.
   Il savait comme tout un chacun que le vin faisait du sang, mais il avait toujours ignoré que le lait fût bon pour la semence masculine.
   Il obéit à Berta et avala un grand verre de lait. Elle le couva d'un regard satisfait et il constata qu'il avait une érection des plus convaincantes. Après cela, il sortit pour se rendre aux toilettes, laissant la fille assise sur le bord du lit.
   Il se soulagea longuement, en sifflotant. Il pensa à la masturbatrice de l'église et banda de nouveau avec entrain.
   Berta était couchée sur le lit, entièrement nue, jambes ouvertes, tranquillement impudique. Son sexe aurait pu inspirer Courbet.
   — Dépêche-toi, dit-elle, il va falloir que j'ouvre la boutique !
   Il s'empressa de lui donner satisfaction. Il n'y eut pas de prélude, et il la pénétra très vite et très aisément, car la chatte de Berta était trempée.
   — Je suis très-très excitée, constata-t-elle.
   Quand elle eut fini de bêler, de gémir, il dit, pragmatique :
   — Le lait, ça a l'air de fonctionner … (Il avait déchargé avec force, abondamment.)
   — Les recettes paysannes sont les meilleures.
   Elle grognait de contentement.
   Elle se glissa hors des draps et s'habilla promptement. Son corps épanoui disparut dans ses vêtements. Rideau.
   Il se lava comme il put, car les installations sanitaires étaient spartiates dans cette vieille maison, et il se demanda comment il allait tuer le temps jusqu'à l'heure du déjeuner.
   Le temps se gâta un peu et il se mit à pleuvoter. Il ferma la fenêtre puis il termina de s'habiller. Ses vêtements gardaient un vague relent de sueur et dans la chambre, cela sentait le sexe à plein nez. L'odeur femelle, fauve de la jeune femme persistait. Surtout maintenant que la fenêtre était close.

   3. Chuchotements

   C'était un couteau perfide et glacé.
   (Pierre Mac Orlan)

   L'heure refusait de tourner, et il regretta de n'avoir plus rien à lire. Il ouvrit le tiroir de la table de chevet, où il trouva une brochure sur la vie de Sainte Felisberta. Il y était également question, mais plus brièvement, de Judas Stellius.

   « Le culte chrétien de sainte Felisberta remonte, semble-t-il au IXe siècle. La sainte serait la réincarnation catholique d'une divinité germanique. Il apparaît aussi que la vénération de cette élue soit circonscrite à quelques villages seulement. On sait peu de choses de la vie de Felisberta, sinon qu'elle opéra des miracles, notamment dans le domaine de la fécondité…
   (…)
   La divinité païenne présidait à des fêtes lubriques, célébrées à grand renfort de libations.
   (…)
   Le sculpteur Judas Stellius (1830-1881) eut une vie courte et peu glorieuse. Sa renommée ne dépassa jamais la région, et les quelques œuvres, toutes reliées à l'art sacré, qu'il réalisa entre 1870 et la date de sa mort, ne lui valurent aucune considération. Il succomba à une phtisie galopante, oublié de tous. Mais sa Sainte Felisberta continue d'orner la place de l'Église de Z***. (…) »

   — Voilà qui n'a pas de quoi surprendre… Cette statue est repoussante et bâclée. Quant à ses proportions, elles me paraissent plutôt fautives !
   Il lut toute la brochure mais n'y trouva rien de passionnant. L'histoire de cette sainte qui triomphe des stérilités féminines était banale et convenue. Il se rendormit parce que les ébats avec Berta l'avaient vidé. Il n'avait plus vingt ans, et cette fille avec ses cuisses de feu et son ventre liquide était de nature à calmer les ardeurs les plus vaillantes. Il fit un rêve cruel.
   On l'avait lié sur une plaque circulaire en bois.
   Il savait qu'il se trouvait sous un chapiteau de cirque et qu'il participait à un numéro classique de lancer de couteaux. Sauf que les rôles étaient inversés : il était le partenaire passif, lié sur la cible tournante et Berta jouait les lanceuses de lames effilées.
   La roue de bois se mettait en branle et son cœur à battre la breloque : décharge d'adrénaline ; il avait envie de vomir/crier, mais sans réussir à faire ni l'un ni l'autre. Prisonnier – et dévoré des yeux par les spectateurs cachés dans l'ombre des gradins et retenant leur souffle. Une des lames fendit l'air et se planta entre ses cuisses écartées, à quelques centimètres seulement de son scrotum. Il frémit, ferma les yeux, attendant un nouveau jet de métal. La lame cette fois vibra à la hauteur de son aiselle gauche : près du cœur, évidemment. Il se sentait humilié, car il ne portait qu'un slip ridicule, qui le ravalait au rang de triste comparse, tandis que la pulpeuse Berta était vêtue d'un ensemble "sexy-seyant", à faire bander un eunuque. Chemisier décoletté, short hyper-moulant, bottines – imitation assez réussie de Mme Domina. TCHAC !!! Encore un choc dans le bois, à nouveau entre les jambes. Encore plus près !!! Toute la roue en fut secouée, tandis qu'elle se mettait à tourner de plus belle. Quand il avait la tête en bas, il bavait comme un animal pris au piège. Je vais mourir, se dit-il, la prochaine fois sera la bonne. Des frissons parcouraient la foule, il pouvait sentir, à défaut de les voir, l'émotion cruelle des spectateurs, leur exitation, respirer les relents de leur transpiration. Combien, parmi eux, souhaitaient-ils que Berta manque son coup et qu'une de ses lames fasse jaillir/gicler le sang ? Il se força à regarder la fille qui levait la main droite et s'apprêtait à lancer un autre poignard. Mais la roue tournait trop vite et la vit par en-dessous, et son cœur bondit dans sa poitrine, avec une secousse douloureuse. Lance-le, ton putain de surin, qu'on en finisse ! Il y eut un éclair, et presque en même temps, une vive souffrance, tandis que la lame s'enfonçait dans sa gorge…

   ET IL SE RÉVEILLA EN HURLANT.
   Quand il se fut rendu compte qu'il n'était pas blessé et qu'aucune lame ne lui avait transpercé la gorge, il crut entendre un chuchotement venant de la pièce voisine. Il tendit l'oreille, curieux et angoissé. Il y avait deux voix : celles d'un homme et d'une femme. Ce qu'elles disaient restait totalement incompréhensible.
   Il ignorai qu'il y eût du monde à côté, puisqu'il était persuadé d'être le seul hôte de ce café-restaurant "avec chambre(s)". Il se leva, chancelant, gagna le couloir. Les chuchotis provenaient effectivement de la pièce contiguë, fermée par une lourde porte de chêne. Il entendit des murmures, puis des soupirs et des râles. Il colla son œil au trou de la serrure, mais il perçut que des jeux d'ombre et des frémissements confus de lumière pâle. Il renonça à son enquête et alla mettre d'autres vêtements, après son surcroît de sommeil. Il n'était pas loin de dix heures. Il avait perdu à rêver et à (re)dormir plus de temps qu'à sauter Berta et à prendre son petit déjeuner. Puis l'excitation revint et il rêva d'une sieste "crapuleuse" après la gibelotte promise.
   Il retrouva la jeune femme dans la salle du café. Sur le miroir qui trônait derrière le comptoir en bois, une main malhabile avait inscrit ces mots :
   AUJORDUI GIBELOTE
   Heureusement Berta était plus douée pour le sexe que pour l'orthographe, se dit-il. Il alla faire le tour de la place. Tout son corps frémissait, et dans sa mémoire se chevauchaient les ébats du matin et le spectacle de la fille en train de se masturber devant l'abbé impie. Il se demanda, concupiscent, si les chuchotements et les soupirs qu'il avait entendus tout à l'heure n'étaient pas ceux du prêtre et du sosie de Berta.
   « Ici tout semble possible, surtout le saugrenu ! »
   Il s'arrêta de nouveau devant la statue de Sainte Felisberta et se plongea dans une méditation sans joie : un "leurre" – un miroir aux alouettes. Jamais auparavant, il n'avait entendu parler de cette statue, jamais il n'avait lu quoi que ce soit sur cette énigmatique localité. Et pourtant, il croyait connaître la région comme sa poche.
   Ensuite, il erra dans les rues de Z***, découvrant d'autres sujets d'étonnement. Des créatures aux yeux torves, aux faces morveuses, parfois couvertes de croûtes suintantes le guettaient de derrière des rideaux malpropres. Une fois, il croisa un homme de haute taille qui, une faucille au poing, tenait un monologue. Il tenta de l'éviter, mais l'autre vint droit sur lui et se plaça en travers de son chemin, le regardant bien en face, droit dans les yeux. Brandissant sa faucille, la bouche grande ouverte, comme s'il allait se mettre à chanter un hymne aux divinités des champs et des bois.
   Un géant païen égaré dans le monde du XXIe siècle.
   LE MONDE DU XXIe SIÈCLE/VAUTRÉ DANS LE IIIe MILLÉNAIRE DE L'ÈRE PRÉTENDUE CHRÉTIENNE EXISTAIT-IL ENCORE ?
   Le géant titubait, en bavochant, mais il éclata bientôt de rire et passa son chemin, chantant son péan, sa faucille traçant dans l'air des signes indéchiffrables.
   Il poursuivit sa déambulation hasardeuse dans le haut village pour aboutir dans un paysage de vignes et de prés. Bucolique. Ou presque. Il s'allongea dans l'herbe et tenta de penser à des choses agréables, au corps de Berta, par exemple, à sa vulve ouverte et odorante, à son ardeur dans l'étreinte. Il paressa ainsi pendant un bon moment, rêvant d'une nuit entière entre les bras et les cuisses de la jeune femme, puis se demandant de nouveau qui pouvaient être les occupants mystérieux de la chambre interdite. Cachait-elle réellement les amours scandaleuses du prêtre et de la "sœur" de Berta ?
   Il se laissa emporter par son imagination.
   Un coup d'œil à sa montre le convainquit de reprendre le chemin du café-restaurant de la Place où l'attendaient Berta et sa "gibelote".
   Le cœur léger, il descendit la rue où il avait croisé le géant à la faucille. Personne ne guettait plus de derrière les rideaux crasseux : les faciès laids et morveux avaient disparu.
   Mais il y avait du monde au café : en majorité des hommes, qui mangeaient bruyamment et éclusaient de grands verres de vin rouge ou blanc, en parlant fort, la bouche pleine. Ils riaient souvent et grasseyaient à qui mieux mieux. Il s'assit, et Berta qui, pour la circonstance, était secondée par une fille un peu niaise, s'empressa de venir prendre sa commande. Elle lui adressa un clin d'œil provocant, auquel il répondit par un large sourire.
   Il trouva la gibelotte excellente et y fit honneur. Il prit garde de boire aussi abondamment que la veille, repensa à la sieste crapuleuse. On verrait bien… Il eut une érection douloureuse. Et inscrivit quelques mots sur une page de son bloc-notes ("J'ai envie de faire la sieste avec toi… D'accord, ma chatte ?"). Il glissa la feuille dans la main de Berta, quand elle vint desservir. Elle alla derrière le comptoir, déplia le bout de papier et, le regardant dans les yeux, hocha la tête. Affirmativement.
   Son érection devint plus douloureuse encore. Il but une gorgée de vin. Le feu circulait dans ses veines comme de minuscules rivières de lave. Je suis en train de me faire piéger. Où tout ça va-t-il me mener ? Il pensa à tous ces lapins découpés, mastiqués, broyés, avalés qui avaient été dépecés par cette fille ardente. Il eut la tentation de payer et de s'enfuir, en emportant le souvenir d'une belle partie de jambes-en-l'air. Une date dans son agenda (Berta, un sacré bon coup !) et bonsoir la compagnie. Mais il se retint : rassasié, il se sentait encore plus excité que tout à l'heure quand il rêvassait, allongé dans l'herbe, près des vignes.
   Lassé du comportement démonstratif des autres clients, il s'empara du journal et sortit s'asseoir sur un des bancs sous les platanes pour lire des articulets ineptes sur "les joies et les peines du peuple". Cela lui rappela ses propres expériences dans un quotidien beaucoup moins innocent. Il revit la femme assassinée, lacérée par le couteau du maniaque, un maniaque qui avait fini par se livrer à la justice et qui se mourait à présent dans une clinique/prison, quelque part dans un enfer à peine climatisé. Il n'avait pas eu la chance de se faire descendre par les flics lors d'un baroud de déshonneur au fond d'une cour sordide, huilée par la pluie.
   Ainsi allait le monde, ainsi allait le temps, ainsi allait la damnation.
   La statue de la sainte sembla cligner de l'œil dans le soleil et il lui trouva plus que jamais la dégaine d'une sorcière. Il lui parut tout à fait logique que le curé se livrât à des gestes immoraux dans l'enceinte d'un sanctuaire consacré à une "sainte" de cet acabit. Et que les femmes sentent monter en elle des liqueurs fortes.
   Auprès de QUI, Sainte Felisberta intercédait-Elle ?
   Auprès de Dieu ou de Priape ?
   Auprès du Christ ou de Lucifer ?
   SANCTA FELISBERTA, INTERCESSIO TUA MANEAT SEMPER…

   4. BLANC/BLEU

   Il n'y avait plus personne dans la salle d'auberge. Il ne restait que l'odeur envahissante de cuisine. Berta était assise à une table, l'air épuisé, en train de boire une tasse de café et un petit verre d'eau de vie. Il s'installa en face d'elle, et elle lui montra la bouteille de Mirabelle.
   — Non, pas pour moi, dit-il, jamais d'alcool blanc. Il me scie les tempes…
   — Moi, il me détend. Je suis vannée, après TOUT ÇA !
   Il craignait qu'elle allât se défiler, au lieu de tenir sa promesse muette. Mais avait-il réellement envie de culbuter une fille sentant le graillon à plein nez ?
   Il évoqua une nouvelle fois les chuchotements dans la pièce mystérieuse. Et son imagination battait de plus belle la campagne, une campagne sacrilège, païenne, hantée…
   Il faillit interroger Berta mais une vague prudence le retint. Ne pas tout gâcher par des paroles inconsidérées ! Il prit son mal en patience, attendit patiemment que la jeune femme eût vidé sa tasse et bu son deuxième verre de Mirabelle. Soudain, elle avait le feu aux joues et les lèvres humides. Ses yeux brillaient comme si elle avait retrouvé toute son énergie sexuelle.
   — Je vais fermer une heure ou deux. Tu peux passer devant et m'attendre. Je ne serai pas longue.
   Fantastique : tout se passait comme il l'avait espéré. À l'étage, il crut entendre encore les chuchotis dans la pièce interdite, mais il ne voulait pas perdre de temps ou se faire surprendre, l'oreille collée au battant de chêne.
   Il prit la direction de sa chambre, mais les chuchotements devinrent des râles, et il résolut d'en avoir "le cœur net". La sueur ruisselait sous ses bras et le long de son dos, plaquant la chemise contre la peau. Il guetta : on aurait dit que l'on torturait quelqu'un… Il rassembla son courage et posa la main sur la clenche, s'attendant à trouver porte close, mais le battant céda à sa première solicitation. Il se retrouva au sein de poignantes ténèbres, tâtonnant à la recherche d'un commutateur. La porte se referma, mue par une main invisible, et il entendit le bruit d'une serrure. Il se figea dans l'obscurité quand les chuchotements revinrent, à la limite de l'audible. Le mur contre lequel il s'appuyait coulissa rapidement, sans le moindre bruit. Une lumière maladive jaillit et il faillit perdre connaissance en retrouvant la pièce carrelée de ses rêves, plongée dans une lueur bleuâtre, lisse, sans la moindre issue.
   Seigneur, c'est un cauchemar. Je suis dans un cauchemar, mon cauchemar…
   Où était passée Berta ? Cette putain de Berta ?
   Le décor demeurait immuable. Parcouru de lactescences obscènes. Les chuchotis se firent plus pressants.
   Je suis à Z***, un foutu patelin de demeurés. Pas dans une clinique psychiatrique, ni dans une chambre de torture blanche. Je suis à trente kilomètres de chez moi. Je ne risque absolument RIEN.
   Mais il ne parvenait pas à se convaincre. Il était prisonnier de son enfer privé.
   OÙ ETES-VOUS ? QUI ÊTES-VOUS ?
   Opalescences. Brume couleur de lait bleuté. Le lait fait du sperme, avait dit Berta.
   Traversant le carrelage sans faille, une ombre surgit. Enveloppée dans un vêtement vague et d'un bleu plus sombre que la lumière baignant les parois carrelées. L'ombre qui tenait le couteau : il ferma les yeux, attendant le premier coup.

   Le lendemain, il pleuvait sur Z***. Une pluie fine mais obstinée. Le curé sortit de son église, abrité sous un grand parapluie noir. Il s'arrêta médusé devant la statue de la sainte. À ses pieds gisait le corps d'un homme nu, couvert de sang. L'abbé découvrit une multitude de plaies sur ce cadavre supplicié, des traces de coups de lame sans doute, des estafilades et des déchirures.
   On avait l'impression que le mort avait été déposé là pendant la nuit, telle une offrande propitiatoire à Sainte Felisberta.
   Le prêtre tomba à genoux et se mit à prier. Cela faisait longtemps qu'il avait perdu la foi, mais cet événement inhabituel et monstrueux lui fournissait un prétexte à réviser ses invocations à la Divinité.
   La porte de l'église et celle du café-restaurant s'ouvrirent presque simultanément, et les deux femmes qui se ressemblaient comme des sœurs firent leur apparition sur la place. Elles s'approchèrent de la statue et se tinrent derrière le prêtre agenouillé, les mains jointes, les yeux perdus dans le vague. Silencieuses.
   Puis, comme attirés par l'odeur de sang, les gens commencèrent à envahir la place. Bientôt tout le monde se mit à psalmodier des propos incompréhensibles. Une communion ancestrale réunissait le village aux pieds de la Sainte.

FIN


Notes :
1. Le Jardin des Supplices, Octave Mirbeau, 1899.
2. "La sorcellerie et la sainteté; voilà les seules réalités." Arthur Machen, Le Peuple blanc.


© Daniel Walther. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Le Déchirement est paru dans le N°6 de Place aux Sens en 2002 et n'avait pas, jusque-là, été réédité.

 
 

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07/01/12