Brest.
Hôtel Terminus. Ma piaule est gaie comme un chiotte
de station-service. En arrivant, j'allume le poste en
haut du perchoir métallique, pose mon sac, me légume
sur le pieu le temps de rouler un quatre-feuilles, zapper
tranquille… Sur la énième, une poignée
de marines battent la campagne de marécage en champ
de riz pour débusquer la rivière Kwaï.
Un peu comme moi, tiens. Qui ai erré, galéré,
bavuré avant de loger mon type à cinq minutes
d'ici. Dans une rue transversale. Il suffisait juste de
regarder au-delà des apparences – car
l'illusion est courbe, circonvolution, synapse, elle plie
les faits, arrondit si bien le monde que c'est toujours
elle qu'on a sous les yeux. Alors que l'évidence
est transversale. Une corde tendue sur l'illusion, qu'il
faut traverser d'Est en Ouest.
Et
pas à pas, sans balancier, je l'ai suivie, ma transversale.
Pas vraiment rectiligne - Strasbourg, Nancy, Orléans,
Laval, Rennes… toujours vers l'Ouest, pourtant.
Avec, au bout,
Michel Giraud, psychiatre, psychanalyste et psychothérapeute,
diplômé de plein de trucs, ancien interne
de mes deux, chef de clinique au Diable Vauvert…
C'est bien lui, ce tout à l'ego débordant
de suffisance jusqu'à dégouliner du téléphone :
Demain, dix-neuf heûûres… À
mon cabinêêêt, c'est celâââ,
oûii.
La voix d'un qui allait me tirer de là
en moins de séances qu'il n'en faut pour le dire.
Causait pour lui.
N'empêche,
avant d'échapper à leurs griffes, ils m'en
ont fait baver grave, les psys. À commencer par
l'interne du QHS, un dénommé Villard. Qui
ne bavera plus jamais.
Pareil, depuis que je cavale après
Giraud, je n'ai mis la main que sur des casses couilles.
Tiens, le blaireau de Strasbourg - un lacanien élevé
sur pattes qui a couiné comme un goret. Moins que
le barbu et la pétasse de Dijon - des freudiens
nourris sous la mère qui avaient même fait
des petits. Dommage pour les mômes. Le pompon à
Maurice Giraud de Tours, sans école mais à
la retraite. Et teigneux, avec ça, un vrai chantier
! Mais c'était pas le bon.
Parce que le bon, je le tiens à pile
deux rues d'ici. Dans une transversale… All
the knives seems to lacerate your brain. Alors, plus
la peine de me prendre la tête …seems
to lacerate your brain. Demain j'arrête, je
m'arrête … lacerate your brain. Déjà,
les voix en moi bourdonnent en assourdi.
15 : 07. Et merde ! Le rasoir dérape,
la glace du lavabo me renvoie les dégâts.
Qui perlent. Bon, pas de panique, suffit d'éponger
et terminer le défrichage des joues, histoire de
gommer toute cette virilité envahissante. L'important,
c'est les yeux, où toute la vie passe et s'éteint.
J'empoigne Sa trousse, répète
un à un tous Ses gestes.
À commencer par l'eye-liner,
un seul coup de crayon si je peux - Ariane ne faisait
qu'un trait, parfait d'un bord à l'autre de la
paupière.
Ensuite, le fard - "de l'intérieur
vers l'extérieur, le pinceau, me disait-Elle. Pas
trop chargé, sinon on ressemble à un mauvais
Warholl". Je me foutais bien de Warholl et La buvais
en double, Elle et son reflet, deux intimités réfractées
pour moi seul… qui vivais pour des instants comme
ça, retenant mon souffle à espérer
qu'ils dureraient toujours !
Au tour du mascara - qui m'a donné
du cil à retordre au début, à finir
en clown triste. Maintenant que j'ai chopé la technique,
mon faux est chaque fois plus ressemblant.
Et la cérémonie peut commencer.
18 : 50.
Gagné ! Des effluves d'Amsterdamer traînent
dans la salle d'attente : l'homme n'est pas loin, fidèle
à son tabac au goût d'enfance, devrait se
faire psycha… Je perds le fil en cherchant mon buvard.
Sûr de l'avoir fourré dans la poche gauche.
Où j'ai bien pu… ?
Autour de moi, tout se veut bon genre mais
sue le tocard : le skaï s'écaille, les revues
chic s'effilochent, les murs s'éraflent de merdes
colorées - jolis cadres…
Je finis par dénicher le dragon d'acide
coincé dans la doublure. Un Blue Dragon,
l'as des ace, t'éclate la tête, tout le reste
en enfilade, du pur effet kiss-cool. Pas comme
leurs foutus cachetons. Qui faisaient de mon Moi un calque
aux contours flous. Fini, tout ça. Depuis, j'acido-speede
et le speed, ça fait de toi un autre. Qui peut
dépasser l'illusion, tracer la transversale de
l'évidence. Vers l'Ouest.
–
Mada… euh… Monsieur Bataille ?
Giraud s'offre
dans l'encadrement d'une porte…
– Oui.
– Par ici,
je vous prie. …
qu'il referme
sur nous.
19 : 00. Un entretien
préliminaire sur le divan ? Z'avez pas l'habitude
? Moi si. De me bagarrer chaque fois pour l'obtenir. Aujourd'hui,
je profite de sa surprise et m'allonge aussi sec.
Un vrai pro, le mec - juste cinq secondes
de flottement, se demander à quoi je joue dans
mes hardes destroy : homo, travelo, dingo, représentant
en farces et attrapes ?
Puis de m'ajuster un regard neutre, genre
tout va bien, tout est normal. No matter what or who
you have been… Et de s'affaler dans le fauteuil
club.
Je lisse les plis de ma - de Sa - jupe noire,
tire le bas du pull angora, histoire qu'il ait vue sur
les trous. Zut, mon collant s'éraille, des poils
sortent de la faille. Immondes. Et je me dévisse
la tête, pour mater en contre-plongée sa
tronche de cake. Immonde aussi. Exclu, le face à
face ! Impensable d'avoir sous le nez cette enflure en
tweed-velours. Ma haine aurait vite balayé tout
ça et je dois parler, laisser percer ce qui grouille
sous la surface.
Le Verbe défait chair…
" Un quinze novembre. Il est
lâché devant l’immeuble d'Ariane. La
portière claque sur les derniers conseils du paternel
qui file à son rancard super urgent.
À chacun son truc pour échapper
à l'enfer, Papa son job et Eddy ses week-ends avec
sa sœur… "
Respirer un grand coup après l'introdiction.
Avant de laisser les mots aller leur vie.
" Maman va mal. Depuis son
dernier suicide, elle fait la gueule. Soit c'est d'avoir
raté son coup, soit d'avoir failli ne pas le rater.
Allez savoir !
En attendant, lourd, lourd ! Eddy vit dans
la peur. Trouille de la nuit roulette russe. Angoisse
de s'endormir, rater l'alerte - Valium, rasoir ou corde
à linge ? Que le souffle de Maman lui échappe
pour s’éteindre enfin... "
- Oui ? susurre Giraud, ferré.
Son corps part vers l'avant, le cuir grince.
Je parie qu'il prend la pose, rien que pour les murs :
bien droit, les doigts croisés, le regard inspiré
par le papier peint.
- Je sais : j'ai dit "enfin".
- Que recouvre cette crainte, à votre
avis ?
Autant y aller franco et lui donner ce qu'il
veut. Je balance tout à trac :
" Mais qu'elle crève,
voyons ! Qu'elle débarrasse une bonne fois !
L'angoisse est désir transversal qui le pousse
à suivre ses insomnies de pièce en pièce,
camouflé d'ombre. Pour jaillir pile au bon moment
: "Je t'ai eue ! Maintenant, tu lâches
ça, fini les simagrées et au dodo. "
Délires
obscènes, mise en scène merdique, vieille
actrice flippée. "
Vite, j'enchaîne
car s'il commence à m'interrompre, je n'aurai jamais
le temps de finir. De le finir.
" Cité des Lilas. Dès
le hall, Ed cesse de ramer à l'envers, même
si l’ascenseur est en panne et le petit dèje
pèse sur le cœur. Parce que… Ça
paraît simple, comme ça, de dire au revoir
NORMALEMENT à son fils, genre "À
dimanche, Eddy, amuse-toi bien." Trop simple
pour elle ! Qui l'a serré à l'étouffer
avec un "Tu sais, on ne se reverra peut-être
pas…" glissé dans un soupir. Les
boules ! Eddy s’est arraché la haine au ventre,
ça a commencé à grouiller tout au
fond, se battre, ramper vers l’extérieur,
s’agripper aux parois lisses de la nausée.
D'ici le septième, l’escalier
va tout faire descendre.
Et le programme : ARIANE, Ariane, encore
Ariane. Des blagues, des fous rires, des câlins,
même si… ben… il est un peu grand. Vers
Elle, il kiffe ; avec un seul désir : ne jamais
la quitter. Qui pourrait bien se réaliser, maintenant
qu'Ariane a quitté Claude et que leur "procédure"
ressemble aux rounds d'un match dégueu où
faut faire cracher à l'autre son protège-dents.
Pourtant, Claude, c'est l'homme qu'on
voudrait être plus tard. Quand on sera balèze
et musclé. Qu'on marchera comme un grand fauve
avec ce regard-là… Et vraiment fort ! des
bourrades à lui couper le souffle, à le
couvrir de bleus. Longtemps, le môme a pris plaisir
à les regarder virer au jaune avant de se résorber.
Histoire de se rappeler qu'il existait en vrai, pas seulement
punching-ball des délires de sa mère.
Enfin le palier, Ed frappe son code. Cinq
puis deux. L'accès direct à la quatrième
dimension : un sourire craquant, des traits fins à
la Bowie, un joli corps frêle qu’il serre
très fort dans une rafale de bisous.
Pas aujourd'hui. Ariane a-t-elle oublié
le rite ?
Ed passe à la sonnette, s'acharne.
Toujours rien, que la vibration des basses étouffées
par la porte. Il sort ses clés du sac à
dos. Dure dure, la nouvelle serrure. Que de secondes perdues
à triturer là-dedans comme un con ! "
19 : 11.
Une fissure du plafond s'écaille. L'autre se gratte :
Ariane, Claude, la cité, le petit frère,
ça lui dit quelque chose. Du pénible qui
le démange, l'agite à en frapper l'accoudoir
du tuyau de pipe. Il pue l'Amsterdamer d'ici. Exactement
comme chez Ariane, les derniers mois.
- Et vous… enfin "Eddy" a
ouvert ?
Nous tenons tous deux au fil ténu
des mots - pas pour les mêmes raisons.
" L’odeur, d’abord.
Du pourri fade bien écœurant. Comme la viande
du chat oubliée au frigo, ou un vieux rot sur fond
de caca. Bowie à fond les baffles.
Le couloir paraît crade. Juste une
impression due aux bibelots renversés, au tapis
en bataille.
- Ariane ?… Qu'est-ce que c'est
que ce bordel ? T'es où ? … Ariane ?
Partir sans lui, chaîne allumée,
Ziggy Stardust en boucle ?
En attendant, ça renifle sévère.
Insupportable. À en foncer vomir aux cabinets.
Salle de bains, trou d’horreur. Ariane
gît par terre, aussi laide qu'une poupée
brisée. Du sein au ventre, deux blessures sales
laissent échapper des bulles graisseuses sur chairs
rosées. Autour, la laine du pull s'est blindée
de sombre.
NON !
Eddy se sent partir en vrille, un bruit
de chasse d'eau dans les oreilles, lutte sans oser approcher
de ce corps bouche ouverte dans un cri muet.
NON ! Se cramponne au mur pour sortir de
là.
RÉAGIR ! FAIRE QUELQUE CHOSE !
Le couloir tangue comme un chalut par gros
temps. Jusqu'au seuil du salon.
NON, C'EST PAS POSSIBLE !
Où chaque détail va lui exploser
la tête en flashes de cauchemar. À vie. "
Là,
je laisse un blanc, que les précédents ont
tamponné de mots à gerber. Comme ce Giraud
de Troyes - le faux-cul aux lunettes rondes qui devait
se prendre pour John Lennon. Paraît que j'étais
justement venu le voir pour m'éviter le "à
vie". C'est çui qui dit qui y est !
Celui-ci ne bronche pas. Parce qu'il sait.
Parce que c'est mon Giraud.
" Y'a quelque chose dans le
fauteuil. Avec le corps de Claude. Une bouillie pend,
retenue par un morceau de peau chevelue. Zoom avant, une
carabine au ras du sol, dessous, un papier chiffonné.
Plus haut, une mâchoire inférieure. Presque
intacte. Comme un clin de l'œil gauche éclaté.
Comme un ricanement sombre : " Tu vois,
je l'ai fait, j’ai tué Ariane ! "
Une pure hallu. À vous faire basculer, conscience
la première, dans un trou noir.
19 : 18.
Étalé sur le kilim du divan, je relève
la tête, attrape un regard anxieux. Il sait que
je sais !
Un joli plan n'empêche : on tire les
ficelles, les pantins se flinguent, on n'a pas bougé
de son cabinet, ni vu ni connu j't'embrouille…
Ses yeux obliquent vers le réveil.
Il me doit mes trente minutes, j'en fais ce que je veux,
monter la pression par exemple… Alors je chantonne
… and the clock waits patiently on your song…
19 : 24. Le cuir crie. Un ongle griffe l'accoudoir.
Le pied martèle l'impatience. Le parquet grince.
… Don't let the sun blast
your shadow…
Plus que cinq minutes. J'enchaîne.
" Don't let the sun blast your
shadow… Zicmu à flots, remugle d'enfer,
Eddy sort du coltar pour voir que c'était pas un
cauchemar… mais l'évidence, en vision transversale,
d'un corps sans tête… presque sans tête.
Roulé en boule dans le kit sanglant,
Ed égosille son agonie plus fort que Ziggy dans
les baffles. Comment naître à la mort ?
… Avant de ramper vers le téléphone.
Extérieur nuit, des plombes plus tard.
Eddy marche au hasard. Une vraie fugue jusqu’au
bout du monde, là où la terre est plate,
où on bascule dans le rien. Il sample "C’est
pas vrai, c’est pas vrai, pas vrai, pas vrai, pas
vrai…" sur Rock'n'roll Suicide.
On le rattrape, on le ramène et
l'enferme. Il ne capte plus ce qu'il entend. Déjà
raide d'une overdose de néant. "
19 : 29.
Bien. Un mouvement lourd pour se désencastrer
du siège et passer au bureau, me rappelant à
l'horaire. Ce sera tout pour aujourd’hui. Un ton
à m'envoyer me faire voir l'En-dessous-de-tout-moi
ailleurs. Trop tard, mon chou ! Et bien trop simple
de t'en tirer comme ça. Je suppose que… Je
sens que tu nous compares, à me regarder comme
un crachat sur un trottoir. Tu te dis qu'Elle au moins
était vivante, et belle à nous rendre cinglés.
Qu'Elle avait tout, que j'étais fou d'Elle. Que
c'est moi qu'aurais dû y passer. …protocole
d'une thérapie… séances bihebdomadaires…
Vas-y, avoue que tu me trouves minable, comme un faussaire
sorti du trou. Que tout ce noir me rend encore plus maigre.
Moche et chelou avec ces fringues tachées, trouées,
usées de quinze ans d'absence. T'as raison !
Nous pourrions commencer… Mais c'est que
tu t'accroches, pervers ! Les… voyons,
quel jour êtes-vous disponible ? Elle te plaît,
ma parano cathartique, hein ? Disons les lundi, jeu…
Les deux autres t'ont pas suffi ? Quant aux honoraires…
Putain, cent euros le coup ! ta main se tend, poilue jusqu'aux
dernières phalanges, l'alliance en bave pour briller.
Ces mains qui se sont posées sur Elle... un
éventuel accompagnement thérapeutique, si…
Si tu crois que je t'ai attendu ! J'en ai tellement
pris, des médocs, qu'on va me recycler à
La Hague ! Mais c'est fini, tout ça !
J'attrape ma veste - Sa veste - pour tuer
le temps. Défais les attaches intérieures.
Je te fixe à attendre que tu la boucles.
Je t'ai cherché, tu sais, attendu,
désiré toutes ces années… Maintenant
je te tiens. Allez, regarde-moi bien dans les yeux, te
laisse pas distraire par l'éraflure au menton…
là… c'est ça… remonte doucement
le fil qui me lie à Ariane, la diagonale des iris
clairs, limite du transparent… Tu te troubles. Déjà
ta voix mollit sous moi comme un crawl en eau tiède.
Puis s'éteint.
Alors, j'achève.
" Dix-sept novembre. Le juge
a signé le permis d’inhumer, l’enquête
conclut à l'homicide par consentement mutuel. Suicide
altruiste, comme ils disent : Claude flingue Ariane
pour rien laisser derrière, et lui après.
Dur à avaler, non ? Surtout
quand on sait qui est derrière tout ça.
Tes yeux m'échappent, se reflètent sur le
Sig Sauer. Effroi métallique. Faut faire gaffe
à ce qu'on écrit, Giraud ! "
Trois coups claquent pour mémoire, abdomen, poitrine
et mâchoire. Des convulsions, des tressaillements,
plus rien.
Je suis les arabesques du sang sur le tapis.
Vers l'agenda qui dégueule ses papiers tout autour…
Bordel, l'écriture !
L'évidence
est transversale, je l'ai toujours su à surfer
sur sa lame - qui m'apprend, en réarmant le P230,
que ce Giraud-là n'est pas le bon. Lignes anguleuses
et lettres pointues en tracé d'électrode,
rien des boursouflures maniérées qu'offrait
le billet par terre, à côté du corps
de Claude. Disant que c'est pas parce qu'il s'est tiré
une patiente qu'un psy va se la taper à vie - et
pire, endosser un fœtus ! Pas question, ma jolie,
on ne piège pas son Giraud comme ça ! Pis
que si Ariane l'emmerde, il sait comment y faire vu qu'il
a le mari en thérapie, que Claude est borderline
voire ébranlé du bulbe, un vrai flacon de
nitro à ne pas trop secouer…
J'ai lu, relu, photographié l'ensemble
en mémoire vive. Avant de bouffer le papier pour
DEVENIR ma vengeance. Au même moment, un vague râle
gargouillis sorti de la salle de bains passait sous les
accords du slow. Peut-être qu'Ariane…
mais je n'ai pas bougé. Juste décidé
de tuer M.Giraud. Avec un "M" comme Max, Marcel,
Martin, Maurice, Michel, Mathieu…
19 : 40.
L'orage perce rouge vif sous des nuages plombés,
comme un hématome mal soigné. Il fait lourd
à crever, mais je boutonne tout, remonte le col
du tailleur, plonge le nez dedans jusqu'au parking. Et
Son parfum, Femme de Rochas, juste un éclair
fragile qui s'évanouit.
C'est pas tout ça, mais j'ai à
faire ! Je m'arrache, sono à fond. You're too
old to lose it, too young to choose it… Remontée
plein Ouest, vers Caen. Un psycho-truc qui pue le toc
new-age. Je descends la vitre en l'imaginant
d'ici : cabinet zen-bambou-futon, il sera pieds nus, en
jean et coupe à la Jagger comme le Marc Giraud
d'avant-hier…
20 : 36.
Je me penche pour vérifier l'adresse, Maxime Giraud-Delmarre,
14 rue Rocroix-Saint-Émile et lis le menu dans
la foulée : Psychothérapies intégratives
- programmation neuro-linguistique, thérapie
biosystémique, réflexologie positive
réalisant que ça pourrait être le
bon. Flash. Une décapotable troue l'ombre, s'enfle
dans le rétro. Aubergine, couleur corbillard. Un
vieux beau tient le volant et une mémé la
place du mort. Tous deux raides immobiles, sauf leurs
cheveux blancs dans le vent. Quand ils me dépassent,
j'avise le crâne de la vieille sous le poil rare
et bleuté.
C'est pas ça le plus curieux :
leurs lèvres bougent à peine, mais j'entends
qu'ils fredonnent You're not alone, just turn on with
me…
Alors, je les reconnais : c'est la Faucheuse
et son chauffeur ! Un signe, enfin. Que mon
Giraud m'attend bien au bout de l'A 81.