Marion Lubreac
est l'auteur de plusieurs poésies classiques, de poésies "libérées", de contes fantastiques courts et de nouvelles.
Elle participe très régulièrement à LA VENUS LITTÉRAIRE dirigée par TANG LOAEC dans la rubrique LUBREACTION.
Ses poèmes et Haïkus érotiques sont de toute beauté.


Dernière parution :
Marmite et Micro-ondes n°23




   Il était là. Depuis longtemps. En réalité, il est probable qu’il ait toujours été là.
   Aussi longtemps que moi peut-être.
   Je l’ignorerai toujours et il n’en sait rien, lui non plus.

   Tout de suite, dès que mes yeux se sont ouverts à travers l’eau verte, je l’ai vu. Où plutôt, je me suis aperçue de sa présence. Lui, il a senti la fixité froide de mes prunelles dardées sur lui.
   Oui, c’est cela, il m’a découverte. Et c’est alors que je l’ai reconnu, comme s’il m’appartenait.

   Je l’ai su tout de suite. C’était lui, la nuit, dans le coassement feutré sous la pluie d’étoiles. Lui, dans les rondeurs impalpables des nuages. Lui, sous la caresse de mes doigts rêveurs contre l’écorce épaisse des pins. Lui, l’amoureux bercement des cigales.

   Il avait l’odeur enivrante et chaude des épices de son pays. Une saveur d’homme, forte et attirante.
   Il se tenait assis sous le gros chêne, tranquille, sans bouger.
   Son regard de menthe me considérait avec une tendresse infinie et un calme surprenant.
   « Viens à moi, tu es mienne. Rejoins-moi, je suis à toi… »
   Semblait-il dire.

   Sans crainte, il m’a laissé approcher. Sans me quitter des yeux. Il m’a saisie de ses mains fortes. Il a déchiffré le livre de mes yeux-papillons d’obsidienne, a déshabillé sous les pierres sèches et schisteuses mon corps glissant de reptile.
   Avec une infinie précaution, il m’a serrée contre son torse puissant aux senteurs poivrées.

   Longtemps, indéfiniment, il m’a apprivoisée, moi la vipère, la sauvageonne. A voix basse il murmurait de douces incantations chantonnantes.
   À bout de ma résistance, je me suis détendue et laissée aller contre lui. Et il m’a emmenée. Loin de chez moi. Loin du tumulte et de la révolte. Il m’a emportée dans son antre étrangement familier, où tout semblait prêt pour moi

   Depuis, sans relâche et avec patience, il me berce encore en son cœur, me réchauffe de ses yeux et m’hypnotise de ses douces paroles. Sans se lasser. Sans jamais me quitter.
   Doucement, la vipère que j’étais quitte sa folie destructrice et devient femme. Entité magique, liane, lierre, elle s’enroule tendrement pour ne jamais quitter les bras rassurants de son amant troublant.

Marion LUBREAC
(2004)


© Marion Lubreac. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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