Antonio Bellomi

N
é à Milan, en 1945, Antonio Bellomi œuvre depuis plus de quarante ans dans tous les domaines de la SF, comme écrivain, traducteur, anthologiste, responsable de collections. Il a collaboré à toutes les revues italiennes les plus importantes dans ce domaine, mais aussi dans d'autres genres. Nombreux sont ses textes de SF qui ont paru à l’étranger. Il est l’auteur de plus de 300 récits.



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   — Pourquoi as-tu fait ça ? demanda le commandant à travers l'interphone.
   Le sergent regarda autour de lui, les yeux grand ouverts, et ne répondit pas tout de suite. La planète Oxiridon où ils venaient de débarquer ressemblait à une planète de rêve, une de ces planètes qu'on ne peut voir que sur les dépliants publicitaires. L'herbe était verte, le soleil blanc, les nuages rosés. Le commandant et ses cinq hommes portaient encore leurs combinaisons spatiales, mais lui, Mats Gunnarson, le sergent, il avait ôté cette horrible combinaison et l'avait jetée au loin, comme on se débarrasse d’un vêtement qui ne sert plus à rien.
   — Je devais le faire, dit lentement Gunnarson, en regardant fixement le commandant dans les yeux. Je devais le faire, commandant. Regardez comme tout est beau ici. Pourquoi voulez-vous rester cloués dans vos combinaisons ?
   Un oiseau vola au-dessus de leurs têtes en piaillant et les hommes sursautèrent.
   Gunnarson rit.
   — Que craignez-vous donc ? C'est une planète de rêve. Une planète vierge, comme devait l'être la Terre autrefois. De quoi avez-vous peur ? Microbes... Insectes...? Bêtises !
   Le commandant l'interrompit d'un geste brusque :
   — Rhabillez-vous, Sergent. Nous attendons le résultat des analyses ; nous ne savons pas ce qui nous attend. L’apparence idyllique de cette planète peut fort bien cacher un piège mortel.
   Les hommes tapaient des pieds. L'herbe était douce et attirante. Ils avaient tous envie de courir, de sauter, de redevenir des enfants. L’exemple qu’offrait Gunnarson à ses camarades était intolérable.
   — Rhabille-toi, Gunnarson !
   Le sergent ne réagit pas. Ignorant l’équipage, il s'éloignait d'un pas souple, jouissant du parfum de l'air, de l'herbe douce et de l'odeur agréable de la terre.
   Le commandant prit son revolver.
   — Reviens, Gunnarson, ou je tire !
   Il ne blaguait pas. Ses yeux durs brillaient à travers le casque de protection.
   — Commandant, intervint un homme, ce n'est pas une raison...
   — Silence ! trancha nettement l'officier. Gunnarson, reviens !
   Le Suédois ne se retourna pas. Il resta sourd aux injonctions de son commandant qui, en proie à une furie terrible, jurait comme un possédé.
   — Je vais tirer ! cria-t-il pour la dernière fois. Son doigt se contracta sur la gâchette.
   — Non, commandant ! hurla Willie, le second. Il lui saisit le bras juste à temps et la balle siffla à deux mètres de Gunnarson qui ne prêta aucune attention à la détonation.
   — Laissez-le aller, commandant, dirent les autres. Il reviendra.
   Gunnarson marchait toujours. Il atteignit l'extrémité du pré, pénétra sous les arbres, traversa un ruisseau et poursuivit son chemin, comme s'il savait fort bien où il allait. Il ne se retourna à aucun moment, ignorant que le commandant le suivait de loin, avec ses hommes. Pendant deux heures, son allure resta la même, puis, parvenu à l’orée d'une clairière, il ralentit.
   Une flamme s'élevait au milieu de cet espace, elle s'échappait d'une roche irrégulière plantée au centre et s'élevait paresseusement, ondulant au moindre souffle du vent. Une flamme verte, vert émeraude.
   Une vague de bien-être enveloppa le corps du jeune Suédois.
   — Je suis venu, dit-il lentement. Tu m'as appelé et je suis venu.
   Personne n'entendit ses paroles. Mais la flamme verte ondula un instant vers lui. Une langue de feu s'éleva.
   Gunnarson marcha tranquillement vers la flamme. Quelque chose le guidait. Cette même impulsion qui, dès l’arrivée de l'astronef sur la planète, lui avait fait jeter sa combinaison spatiale.
   Il arriva près de la flamme et entra en elle.
   Il disparut.
   — Non ! cria le commandant de loin. Malédiction ! Nous n'aurions pas dû le laisser faire !
   — Regardez, commandant !
   Willie lui montrait du doigt une petite flamme qui s'était détachée de la flamme principale et qui montait dans l'air.
   — C'est lui, dit un des hommes.
   C'est lui, pensa le commandant, mal à l'aise.
   Et la petite flamme continuait à danser sur l'herbe verte d'Oxiridon ou Mats Gunnarson avait enfin trouvé sa demeure.


FIN

© Antonio Bellomi. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Publié dans le n°3 de la revue Sheriff (Edifoto s.r.l, mars 1968). Traduction française non créditée.


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