La nouvelle



   Ne dis rien, belle enfant... Détends-toi et laisse-moi faire...
   L'obscurité piquetée de paillettes lumineuses presque imperceptibles a été conçue pour occulter crainte et pudeur. Grâce à elle, nous voici vagues silhouettes entrant dans un rêve où tous les sens sont libérés, exacerbés... Tout a été pensé, pesé, prévu, pour mieux te faire apprécier ce passage dans le monde inconnu où tu vas faire tes premiers pas.
   C'est moi qui, tout à l'heure, dans l'ombre vespérale de ce printemps composé pour toi, ai porté ton corps nu dans la vasque d'eau de rose puis dans celle d'huile de jasmin, de lavande et de chanvre... Tu étais toute amollie, ivre de nectar, d'arômes et de musique.
   C'est moi qui t'ai longuement massée avec douceur et tendresse ; c'est moi qui ai enduit tes longs cheveux d'huile de palme avant de te les laver et de te les sécher.
   C'est moi qui t'ai parfumée puis portée dans cette alcôve pour l'ultime étape de cette initiation.
   Laisse-moi faire et ne dis rien. Pas encore...
   Je vais longuement te caresser le visage et les cheveux.
   Je baiserai tes paupières closes, puis tes lèvres qui s'ouvriront pour laisser passer ma langue langoureuse ; et peu à peu, comme une liane, la tienne viendra s'y enrouler.
   Mes mains longues et d'une douceur de soie passeront sans se lasser sur ton corps ferme et rond : elles effleureront tes épaules, ton dos, ta taille, tes hanches... Elles remonteront sur ton ventre à peine renflé, elles frôleront tes seins menus... Quand elles sentiront que tu es prête, vraiment prête, elles redescendront vers tes cuisses fuselées qui se laisseront écarter juste assez pour permettre le passage de mes doigts experts jusqu'à la grotte humide où se trouve, entravé, le plaisir qui ne demande qu'à exploser puisque le barrage des interdits est levé pour toi et que la jouissance t'est devenue un droit. Un droit et un devoir, puisqu'elle seule te permettra de t'épanouir, sur cette Terre, en toute harmonie.
   Ta peau veloutée et parfumée commence à frissonner...
   Laisse-toi aller, ma belle, et fais-moi confiance...
   L'homme qui te tiendra dès demain dans ses bras doit te sentir abandonnée, confiante.
   Non ! n'ouvre pas les yeux et tais-toi. Ta gorge doit trouver d'autres sons plus expressifs que des paroles, encore plus mélodieux que les mots d'amour les plus suaves ; les soubresauts de ton corps dans l'extase seront le plus éloquent des langages.
   Écoute le chant du vent dans le feuillage et le concert nocturne de toutes ces bêtes qui partagent ce moment de volupté avec toi.
   Maintenant, je me tais, moi aussi : je sens que tu commences à t'émouvoir.
   Ton bras vient d'entourer mon cou et ton visage s'approche du mien.
   Tu es douée, tu sais...
   Tu... Je... Mais... Mais... Mais...

    — Allô ? Monsieur Bartock, ici l'institut SEXHOT nous sommes désolés de vous annoncer qu'il n'a toujours pas été possible de préparer votre extraterrestre. Elle vient de tuer un 4ème initiateur – le meilleur. Le comité s'est réuni. Nous avons décidé d'arrêter l'opération. Voulez-vous la récupérer à vos risques et périls, ou devons-nous l'euthanasier ?
    — ...
   — Non Monsieur ! nous ne nous chargerons pas de votre autre captive. Il a été décidé de ne préparer désormais que les spécimens préalablement testés et triés que nous ramènent nos chasseurs patentés. C'est vrai, qu'elles sont moins jolies, mais tellement moins sauvages.
   — ...
   — Vous souhaitez réfléchir ? C'est naturel... Nous attendons vos instructions. Bonne journée, Monsieur Bartock.


FIN



© Joëlle Brethes. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

 
 

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13/12/11