Philippe Lenain
écrit :
« Et puisqu'il faut une courte bio...
Né en 1978. Je suis auteur amateur. J'ai écrit un
roman, disponible en téléchargement sur mon site perso :
intitulé Transitionnaires et quelques nouvelles, tournées vers la SF. Pour l'instant, rien de publié. »





Photos et bio/biblios

   Cher et tendre,

  J’aurais voulu commencer par te murmurer des mots délicats, mais je ne peux m’y résoudre. La souffrance nous séparera pour longtemps ; souffrance de mon corps, violenté car ne répondant pas à ton désir d’éternité ; déchirure de mon âme à force d’être martelée par ton inassouvissable et incessante demande. Alors tu as préféré te détourner, mon corps sec ne répondant plus à tes attentes.

  Enfin, d’autres pensées accourent, ton souvenir m’émeut.
  Souvenirs ambivalents, je ne te le cache pas, mystère de notre relation. Doucement chaotique, lourdement plombée des sels de la colère qui mutilaient notre destinée. Et tu finiras par t’estomper, de la douceur de ma main, de la pointe atomistique d’un poison s’incrustant dans ton corps, dans tes voies respiratoires/irrespirantes.

  Mais avant de jeter loin de toi cette lettre, ce geste vers toi, cette bouteille à ta mer et ce baume à mon âme, lis mes mots, peut-être lien terminal avec notre passé, même si tu m’as rejetée, à bout.
  Nous fûmes liés, tu m’attachas à toi, alors que je ne représentais pas même la cinquième patte de ton chien. Ma décision étend les tentacules étouffants de ses conséquences, irrévocable, car je ne veux plus qu’un seul de tes arguments ne me dupe.

  Saches-le dès maintenant : tu pâlis, tandis que tu te meurs sans même le percevoir. Rappelles-toi, ces nanorobots pour lesquels nous nous battîmes, ces technobjets qui accaparèrent ton temps et mon énergie, coalisant nos corps et nos pensées en des interstices nanoscopiques pour, en dernier ressort, nous repousser à des distances macroscopiques, ces bestioles atteignent leur prime jeunesse, grâce aux finances des services de l’armée. Tu constitues notre premier cobaye ; les nanorobots, implantés au cœur même des circonvolutions de cette lettre, dans l’enveloppe, s’activent avec le déploiement du papier, la chaleur à laquelle tes mains les soumettent, s’insinuant pour remonter la source chaude et anesthésier toute énergie calorifique. Ton décès marque un nouveau cycle, amour mortel.

  Adieu, mon destructeur, que l’au-delà t’apprenne plus que cette vie.


Mina

FIN


© Philippe Lenain. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Nouvelles

04/09/05