La nouvelle



ATTENTION ! ATTENTION ! ATTENTION ! ATTENTION ! ATTENTION ! ATTENTION ! JOSÉ VICENTE ORTUÑO EST A NOUVEAU SUR LE SITE ! AMES SENSIBLES S'ABSTENIR !


   ENTROPIE AVEC BISCUITS (ENTROPIA Y GALLETAS)

   Il ouvrit la porte du frigo. Un souffle d'air chaud putréfié l'atteignit au visage. Il haleta, tel un poisson hors de l'eau quand le contenu de son estomac menaça de prendre la fuite. Il ferma le réfrigérateur inutile. Il courut en trébuchant jusqu'à la fenêtre de la cuisine, l'ouvrit en grand et respira profondément l'air frais du matin jusqu'à ce que l'estomac ait retrouvé son équilibre. Il se dit que le frigo avait dû tomber en panne pendant la nuit, tout en trouvant bizarre que le contenu se soit avarié aussi vite.
   Une fois remis de ses émotions, il sentit venir la faim. Il ouvrit le placard. Les boîtes et les paquets qui y étaient stockés ne présentaient plus qu'un amas de débris, qu'il s'agisse de cartons, de plastique ou de métal, d'où coulaient des restes décomposés. Sur une étagère de la cuisine se trouvait la boîte de ses biscuits préférés, mystérieusement intacte. Mais il ne restait à l'intérieur qu'une farine où gigotaient des vers blafards qui relancèrent l'envie de vomir.
   Il alla et vint dans la maison, ouvrant et fermant portes, armoires, tiroirs…
   Tout s'était de même décomposé. Les vêtements n'étaient plus que des loques couleur gris cendre qui pendouillaient des cintres. Les chaussures, selon la matière d'origine, n'étaient plus que des petits paquets de poussière ou des masses noires et gélatineuses. Les objets en métal avaient rouillé ou s'étaient même réduits à des petits tas de rouille qui conservaient à peine leur forme initiale. Le verre était redevenu sable luisant. Le papier, déchiré, tombait en poussière dès qu'on le touchait.
   Il avait perdu tout repère. Il ne parvenait pas à expliquer cet état de choses. Il se plaça devant le téléviseur et prit la télécommande, mais, écœuré, la lâcha aussitôt. Du logement des piles coulait un liquide visqueux. Alors il eut une idée, revint en courant au salon, ouvrit armoires et tiroirs. Oui, voilà ! Tout ce qui se trouvait enfermé çà ou là, s'était décomposé, réduit en poussière ! Terrorisé, il s'enfuit de la maison. Ce fut seulement quand les portes de l'ascenseur se refermèrent qu'il comprit : cet endroit aussi était bouclé, sans issue…


Hou là ! T'es mal, José ... !


   MINUITS (MEDIANOCHES)

   Minuit sonnait à la pendule. L'écrivain se trouvait dans la zone entre veille et sommeil où la réalité ondoie et se déforme. Trois coups ébranlèrent la porte. Le grincement des gonds rouillés précéda un courant d'air glacé. La bougie qui éclairait le bureau s'éteignit. Malgré l'obscurité, suivant son habitude, il trempa la plume dans l'encrier, sans hésiter. Il écouta les bruits de la nuit. Le feuillage des arbres agité par le vent. Le craquement des lattes du parquet. Dans son dos une respiration lourde. Le glissement délicat d'un couteau acéré sur sa gorge. Le sang qui sortait à gros bouillons à chaque battement de son cœur. Quelle excellente histoire, se dit-il, si seulement je pouvais encore l'écrire.

   Minuit sonnait à la pendule. Le lecteur se trouvait dans la zone entre veille et sommeil où la réalité ondoie et se déforme. « Trois coups ébranlèrent la porte », venait-il de lire dans le livre. Un frisson parcourut ses épaules. « Un courant d'air glacé éteignit la bougie qui éclairait le bureau », poursuivait le texte. « Le vent agitait les arbres. Craquement du parquet. Une respiration dans son dos », lut-il encore. Soudain, la lumière s'éteignit. Il reprit sa respiration, écouta les bruits de la nuit. Une alarme au loin. Le camion des poubelles. Un cyclomoteur à échappement libre. Le glissement d'une lame acérée sur sa gorge. Le sang qui sortait à gros bouillons à chaque battement de son cœur.

   Minuit sonnait à la pendule. Ce fut le signal auquel l'assassin qui habitait cette zone, entre veille et sommeil, où la réalité ondoie et se déforme, frappa trois coups à la porte. Celle-ci s'ouvrit sur un grincement de ses gonds rouillés. Il entra, se glissa dans l'obscurité. Il entendit la peur de sa victime. Il écouta les battements précipités de son cœur et sa respiration saccadée. Il perçut la lourde aura de panique qui remplissait la pièce. Il avança doucement, silencieux comme une ombre. Il dégaina la lame. Il sentit le sang des anciennes victimes. Il contint sa respiration pour affermir son pouls. Il écouta l'acier qui fendait l'air. Gargouillis. Râle. Extase.


© José Vicente Ortuño. Traduit de l'espagnol par Pierre Jean Brouillaud. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Voir plus de textes courts de José Vicente Ortuño dans la revue en ligne :

Textos químicamente impuros
 
 

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