Mes nouvelles de Gwada




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Jean-Pierre Planque

Après L'homme à queue de cochon, voici une autre des ces lettres aux amis écrite en une soirée et revue le lendemain... C'était en 2003. Plus tard, j'ai eu envie de regrouper toutes ces lettres en recueil...

 

 


   
Dieu, ô mon dieu, si ma divine épouse apprenait que je la trompe avec l'esprit du vent, qu'adviendrait-il du monde ? Elle suspendrait les alizés, contraindrait brise, mistral et autres douces caresses de l'air contre ma peau au plus mortel silence. Alors se tairaient aussi les moulins. Il n'y aurait plus de pain et nous serions contraints de chercher une autre nourriture...
   Plus tard, bien plus tard, j'ai trompé ma divine épouse avec la mer. Je me suis baigné nu avec Katia dans les vagues argentées. Alors, plus de mer, plus de marées. Les filets des pêcheurs étaient vides et la lune se cachait honteusement.
   Nul ne savait que faire. Notre île était au bord de la ruine. Nous n'avions plus de pain, nous ne pêchions plus aucun poisson. Comment allions-nous subsister ?
   J'ai réuni mon peuple pour lui avouer mon infamie. Je lui ai confié ma peine de ne savoir que faire.
   Un vieux sage s'est avancé vers moi. Il a dit :
   — Trompe ta divine épouse une troisième fois !
   — Mais avec qui, ai-je demandé, avec quoi ? »
   Le vieil homme a souri. Il a posé sa main sur mon front et il a dit :
   — Apprends désormais à aimer les pires choses : la guerre, la famine, les maladies... Ta divine épouse les supprimera ! »
   J'ai répondu que j'étais prêt, pour mon peuple, à aimer ces infamies. Mais je ne pouvais manquer de me demander : « Qui supprimera la jalousie ? » N'était-ce pas le pire fléau ?


FIN


© JPP, mars 03

© Jean-Pierre Planque. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

30/12/06
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