Mes nouvelles de Gwada




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Jean-Pierre Planque

Après L'homme à queue de cochon, voici une autre des ces lettres aux amis écrite en une soirée et revue le lendemain... C'était en 2003. Plus tard, j'ai eu envie de regrouper toutes ces lettres en recueil...

 

 

   Sandrina entra dans la chambre. Elle portait un string à peine plus léger que le vol d'un colibri. Quand je me suis approché d'aile, la case tout entière s'est mise à vibrer. Tremblement de magnitude 5 sur l'échelle de Grande Terre. Quant à ma propre échelle, un rapide attouchement me permit de l'évaluer à 17, peut-être 18 !
   L'oiseau fabuleux criait pour sortir et voler dans l'abîme infini.
   Je l'ai libéré des cuisses et des fesses de Sandrina qui m'apparurent alors dans la clarté cendrée de l'astre nocturne. La vie anima aussitôt les caresses de mes mains, mes lèvres étanchèrent leur soif au plus intime de son sillon secret qui tantôt s'offrait, tantôt se refusait par jeu. J'étais comme un explorateur découvrant les saveurs violettes et les parfums rosés d'un monde interdit au commun des mortels. Contre ma langue aventureuse pulsait sa vie, elle-même avide de mon désir.
   — Prends-moi, baise-moi toute, me dit elle. Défonce ma belle cocotte ! »
   Nous nous sommes aimés comme jamais deux amoureux n'oseront jamais l'imaginer au plus fort de leur passion. Ses lèvres me pénétraient tout entier et son experte langue embrassait tout mon gland d'une étreinte infinie. Elle fêtait en elle ma verge gonflée d'amour et sur le point, à chaque mouvement, de libérer l'étreinte qui nous tenait au bord de la folie.
   Étais-je devenu fou ? Avais-je enfin rompu les rets de la raison ? J'étais entré au paradis et nos caresses nous rapprochaient du pire : nous étions sur le point d'aborder ensemble une contrée sans retour, de ne plus jamais revenir dans nos corps, nos petits corps meurtris et fatigués qui nous avaient pourtant menés jusque-là. Un instant merveilleux et incommensurable.
   Dois-je vous le dire ? J'étais entré dans son sourire et dans ses mains. J'étais en elle et elle était entrée en moi. La nuit vibrait autour de nous. Nous ne formions plus qu'un corps sur le point d'exploser, de se fondre dans le monde et la vie. Aucune parole, aucune pensée. Il n'y avait plus que le lent balancement de nos cuisses enlacées qui nous menait vers notre fin.
   J'ai vu l'oiseau heurter la vitre et son corps meurtri s'auréoler de rouge. Le colibri a plané autour du corps de Sandrina pour retrouver la douceur de son nid.
   Mais que pouvions-nous faire pour rester avec lui ? Nous étions hors d'atteinte. Nous étions à nouveau attachés à nos corps. Nous avions joui...

   
Pauvre petit colibri, te voilà SDF. Quel jardin parfumé choisiras-tu demain ? J'en connais quelques uns à la lisière de talentueux vallons. Si tu les veux, je te les deale, mais attention ! C'est toi qui écriras l'histoire avec ton bec dans le rouge de mon sang.

FIN

© JPP, juillet 03


© Jean-Pierre Planque. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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