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Thierry Rollet
Né à Remiremont
(Vosges) en 1960, il se consacre à la
littérature depuis l'âge de 15 ans.
Il a publié son premier ouvrage à
21 ans et vient de publier son
7e ouvrage. D'abord enseignant,
Thierry Rollet a fondé, en 1999,
l'entreprise SCRIBO qui s'occupe de diffusion de
livres, de conseils littéraires aux
auteurs désireux d'être
publiés, d'édition à compte
d'auteur avec sa filiale : les Éditions du Masque
d'Or,
d'un atelier d'écriture et de formation
en français et en anglais.
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Quelques
titres...
- Kraken ou les Fils de
l'Océan, roman pour la jeunesse, EPI SA.
Editeurs, coll. "Le Nouveau Signe de Piste", Prix des Moins
de 25 ans, 1981. (épuisé)
- Au plaisir des rimes, recueil de poèmes, ouvrage autoédité,
1983. (épuisé)
- Émois indicibles
suivis de Pensées épurées, recueil de poèmes, éditions
de L'Encrier, 1989.
- L'Or du Vénitien, roman historique, ACM Éditions,
1992.
- Jean-Roch Coignet, capitaine de
Napoléon 1er, récit historique, éditions
Sol'Air, 1998.
- Le Masque bleu et autres vouvelles
dans la Venise du 16e siècle, recueil de nouvelles historiques,
Éditions du Petit Véhicule, 1999.
- Scribodoc, ouvrage technique littéraire,
Éditions du Masque d'Or, 2000.
- L'Impasse glacée, roman, Éditions du Masque
d'Or, 2001.
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Chats-garous
Thierry Rollet |
Savez-vous
pourquoi l’Égypte est le pays des chats, ceci depuis
la plus haute Antiquité ? Tout simplement parce
que les Égyptiens ont toujours eu peur de ces charmantes
petites bêtes. Ils les ont toujours vénérées,
par conséquent ; ouvertement sous le régime
des pharaons, secrètement à notre époque,
qui se dit « moderne » parce qu’elle
s’imagine avoir suffisamment progressé et, de ce
fait, n’avoir plus rien à découvrir autrement
que dans le domaine réservé à sa nouvelle
divinité : la Science.
Cette Science, c’est le poison, la tare,
la souillure de l’humanité, pourrait-on dire bien
souvent. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui surtout,
elle est de moins en moins humaniste. Elle se donne pour mission
de changer tous les humains en créatures sans âme.
En vérité, cette Science, qui se croit tout permis,
serait bien incapable de résoudre, par exemple, l’énigme
de la gent féline égyptienne.
Car il y a une énigme. Celle-ci : pourquoi,
en Égypte, les chats sont-ils plus nombreux que les hommes
? Très simple : alors que, durant les siècles
passés, les chats étaient brûlés
vifs en Europe, sous l’inculpation de commerce avec le
Diable, en Égypte, on savait depuis longtemps que ces
pauvres animaux représentaient, au contraire, l’incarnation
des forces du Bien. Mais les hommes craignent le Bien autant
que le Mal, car ils redoutent de se voir dominés par
l’un ou par l’autre ; leur orgueil ne s’en
accommoderait pas. Alors, en Europe, on a voulu à tout
prix détruire le Mal en lui faisant du mal ; en
Égypte, on a plutôt cherché à se
concilier le Bien en lui faisant du bien. Les procédés
et les croyances diffèrent, mais le résultat est
le même partout : les chats, incarnation du Mal ou du
Bien selon le goût et les mœurs, continuent de hanter
l’esprit des gens.
Sauf celui des plus vaniteux. Ainsi, les scientifiques...
Mais n’en prenons qu’un seul pour
exemple : le Professeur Deyrand, égyptologue renommé.
Il avait beaucoup étudié les momies des pharaons,
ainsi que celles des chats favoris qui avaient été
inhumés dans les mêmes tombeaux que ces antiques
potentats. Il se demandait bien, ce brave homme, quelle était
la vraie raison de cette coutume. Aussi alla-t-il un jour interroger
un vieux potier arabe, qui vivait dans les quartiers populeux
du Caire et qui, lui avait-on assuré, « savait
tout ».
Ce potier, en effet, révéla
au Pr. Deyrand que les chats avaient toujours été
les vrais maîtres de l’Égypte. Lors du temps
des ancêtres, ces animaux tenaient les rêves du
pouvoir, puisque les pharaons n’étaient autres
que des chats capables d’échanger leur forme féline
contre la forme humaine. Et inversement, au gré de leur
fantaisie. De nos jours, les chats ne gouvernent plus : ils
sont devenus trop purs pour cela - ou plutôt, le monde
est devenu trop souillé pour eux. Ils se contentent donc
d’être les réincarnations des âmes
des ancêtres.
Imaginez l’effet que peut produire de
telles affirmations sur un égyptologue ! Le Pr. Deyrand
éclata de rire et conseilla au potier de réviser
les versets du Coran relatant la création de l’homme
et du monde. Il allait partir lorsqu’un incident bizarre
se produisit.
La femme du vieil artisan sortit dans la ruelle
avec un enfant de trois ans environ dans les bras. Ce dernier
avait une jambe en fort mauvais état, toute sanguinolente.
- Qui est cet enfant ? demanda le savant.
- Mon petit-fils, répondit le potier.
Il s’est blessé ce matin à la jambe, comme
tu vois. C’est ma fille qui nous l’a amené,
car elle sait que sa mère va laisser le petit dehors
jusqu’à demain matin. Cette nuit, les Chats le
guériront.
- Vieil imbécile ! Il faut le faire
soigner à l’hôpital. Tu ne veux pas ? Alors,
je vais m’en occuper moi-même.
- Non ! ne le touche pas !
- Tu es plus qu’un imbécile :
tu es un vieux fou criminel ! Laisser ton petit-fils sans
soins dans la rue, en te référant à une
ridicule superstition ! Laisse-moi faire : je l’emmène
tout de suite à l’hôpital.
Le potier, oublieux de son âge, voulut
bondir sur l’égyp-tologue mais ce dernier le repoussa.
Puis, arrachant l’enfant des bras de sa grand-mère
indigne, il l’emporta en courant jusqu’à
l’hôpital. Il était persuadé de bien
faire en agissant aussi cavalièrement. Qu’auriez-vous
fait à sa place ?
Quelques heures plus tard, alors que le savant
avait réintégré sa chambre d’hôtel,
un chasseur lui apporta (sur un plateau) un chat de trois mois
environ, dont l’une des pattes était vilainement
abîmée, ainsi qu’un message ainsi conçu
:
«
Le Docteur Hassan, directeur de l’hôpital du
Caire, prie Monsieur le Professeur Deyrand de s’adresser
à un vétérinaire et de s’abstenir
désormais de plaisanteries de ce genre, indignes d’un
homme de science. Salutations. »
Incrédule, l’égyptologue
voulut prendre le petit chat mais celui-ci le griffa sauvagement
avant de s’échapper par la fenêtre ouverte.
- Il va rejoindre sa famille, Monsieur, dit
le chasseur, afin qu’ils le fassent guérir à
leur manière. Vous avez eu tort de l’enlever, mais
les Arabes ne vous ont pas poursuivi : ils savent bien que les
Chats triomphent toujours.
Le Pr. Deyrand congédia brusquement
l’employé et s’occupa de sa blessure. Elle
était assez profonde et bien marquée mais, curieusement,
elle ne saignait pas.
Le lendemain matin, le chasseur de la veille
entra dans la chambre du savant, à l’heure où
celui-ci avait demandé qu’on l’éveillât.
Il apportait, comme petit-déjeuner... un bol de lait
qu’un gros chat gris, sautant du lit, se mit à
laper avidement.
- Les Chats triomphent toujours ! répéta
l’homme en quittant la pièce.
Durant
tout le reste de sa vie, le Pr. Deyrand abandonna les momies
pour se faire l’avocat incorruptible et inconditionnel
de la race féline. On le crut fou, naturellement, car
c’était la première fois qu’un scientifique
s’occupait d’une tâche aussi noble qu’inoffensive.
L’un de ses collègues, le plus
éminent de tous, l’insulta un jour en public. Ils
en vinrent aux mains. Lorsqu’on les sépara, l’insulteur
avait le visage couvert de griffures. Le surlendemain, on le
découvrit dans son bureau, mort, le crâne fracassé.
Le Pr. Deyrand ayant un alibi indestructible, les soupçons
de la police se reportèrent sur l’unique domestique
de la victime.
- Je n’y comprends rien ! déclara
celui-ci aux enquêteurs, puis aux magistrats. Je suis
entré dans le bureau de Monsieur hier soir et j’y
ai trouvé un affreux chat de gouttière. Il crachait,
grondait et menaçait de sauter sur moi toutes griffes
dehors. On aurait dit Monsieur quand il est en colère
! Supposant cet animal enragé, je l’ai assommé
avec les pincettes de la cheminée. J’ai voulu ensuite
jeter le cadavre à la poubelle, mais j’avais à
faire à l’extérieur. J’ai fini, à
ma grande honte ! par oublier cette bête, car je suis
un peu distrait parfois. Et ce matin, j’ai découvert
Monsieur dans l’état que vous savez, étendu
à la place du chat... Je n’y comprends vraiment
rien !
Il n’en fut pas moins condamné à la réclusion
perpétuelle pour homicide volontaire.
Enfin,
après avoir longtemps défendu les chats, le Pr.Deyrand
mourut. Une délégation de la SPA assista à
ses obsèques.
Durant la nuit qui suivit cette triste journée,
tous les chats de la ville miaulèrent à l’unisson,
improvisant un concert que n’auraient pas désavoué
les meilleurs violonistes arabes en général, égyptiens
en particulier. Le fossoyeur eut fort à faire pour chasser,
à grand renfort de coups de balai, les chattes qui se
vautraient sur la tombe du plus grand ami de la race féline.
Madame Deyrand et sa fille ne se déclarèrent
qu’assez peu surprises de ces faits plus qu’étranges.
Elles avaient en outre commandé pour l’inhumation
de leur mari et père un cercueil de dimensions ordinaires;
mais elles seules savaient que cette bière, dont les
porteurs remarquèrent l’étonnante légèreté,
ne renfermait que le corps d’un fort beau chat gris...
-
FIN
- ©
Thierry Rollet. Reproduit
avec l'aimable autorisation de l'auteur.
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03/07/05
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