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- Thierry Rollet
- Né à Remiremont
(Vosges) en 1960, il se consacre à la
littérature depuis l'âge de 15 ans.
Il a publié son premier ouvrage à
21 ans et vient de publier son
7e ouvrage. D'abord enseignant,
Thierry Rollet a fondé, en 1999,
l'entreprise SCRIBO qui s'occupe de diffusion de
livres, de conseils littéraires aux
auteurs désireux d'être
publiés, d'édition à compte
d'auteur avec sa filiale : les Éditions du Masque
d'Or,
d'un atelier d'écriture et de formation
en français et en anglais.
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Quelques titres...
- Kraken ou les Fils de l'Océan, roman pour la jeunesse, EPI SA.
Editeurs, coll. "Le Nouveau Signe de Piste", Prix des Moins
de 25 ans, 1981. (épuisé)
- Au plaisir des
rimes, recueil de poèmes, ouvrage
autoédité, 1983.
(épuisé)
- Émois
indicibles suivis de Pensées
épurées, recueil de
poèmes, éditions de L'Encrier,
1989.
- L'Or du
Vénitien, roman historique,
ACM Éditions, 1992.
- Jean-Roch Coignet,
capitaine de Napoléon 1er, récit
historique, éditions Sol'Air, 1998.
- Le Masque bleu et
autres vouvelles dans la Venise du
16e
siècle, recueil de nouvelles
historiques, Éditions du Petit
Véhicule, 1999.
- Scribodoc, ouvrage technique
littéraire, Éditions du Masque d'Or,
2000.
- L'Impasse
glacée, roman,
Éditions du Masque d'Or, 2001.
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Un jour béni entre tous,
des envoyés de l'irgoum
- chef d'une école d'éphèbes
- sont venus nous chercher pour former le nouveau contingent
destiné à la Cour impériale d'Alcyone.
Nous habitions Subar IV, vulgaire
planétoïde orbitant autour d'une naine brune,
au sein de l'amas ouvert de Morowat. L'existence n'y avait
rien de paradisiaque. C'est pourquoi, de notre naissance
jusqu'à l'âge de 18 ans, nous n'eûmes
jamais que des rapports distants, fondés avant tout
sur le travail et les autres nécessités de
la vie communautaire. Nous n'étions qu'une trentaine
de garçons et de filles - j'emploie
les termes du Monde Sacré - tous destinés
à être un jour emmenés pour le même
voyage sans retour.
Car nous avions tout de même
un avenir. Bientôt, on nous emmènerait pour
nous donner un nom, au lieu de nous appeler, comme moi par
exemple : MOROWAT 104 - MO 104 en abrégé.
Nous aurions aussi une instruction, sans doute des responsabilités,
des titres même peut-être ! Certains seraient
même kontarke du Palais... ! Nous sommes
un certain nombre de camarades qui partagent ce même
sort, générateur des mêmes rêves.
Mais, en attendant, nous devons travailler dur pour gagner
notre subsistance : chaque jour, il faut frapper le sol
avec un sondeur pour extraire le zorium, résidu
noirâtre et nauséabond de l'ancienne végétation
de Subar IV et qui sert à la fois de nourriture et
de combustible.
Mais enfin, l'hypernef DRACONOS
est venu !
*
J'ai fait la connaissance de
mon futur chaouch, c'est-à-dire " instructeur",
en gravissant la pente raide de cette rampe magnétique
menant à l'hypernef éphébien,
c'est-à-dire " école d'éphèbes
". Les chaouch font toujours très bien les choses
: la rampe aurait pu nous entraîner là-haut
dès que nous aurions mis le pied dessus. Mais non,
il faut que les éphèbes apprennent à
subir. Comme s'ils n'avaient rien fait d'autre depuis qu'ils
sont nés, en payant de leur personne plus souvent
qu'à leur tour !
Nous devrons avant tout apprendre
un nouveau mot : tradition. C'est lui qui sert de fondement
à tout ce qu'un éphèbe doit savoir,
à tout ce qu'un chaouch doit lui enseigner, à
tout ce qui constitue les règles en vigueur dans
notre nouvel univers. Il est de tradition, par exemple,
qu'un éphèbe gravisse une rampe magnétique
pour accéder, faveur insigne, au sas d'entrée
d'un éphébien. Tant mieux si le flux magnétique
lui brûle un peu la plante des pieds. Tout est magnétique
dans un éphébien. Cela tient du prodige, même
si, aux premiers contacts, on n'a pas vraiment l'impression
que tout fonctionne tout seul. Il faut mériter les
merveilles magnétiques. Chacun de nous aura droit
à un chaouch, merveilleusement magnétique
lui aussi - ils semblent si peu humains, ceux-là
!
Il nous fallut près d'une
semaine - sur un éphébien, on compte le temps
avec les mesures de la planète Gaïa, le Monde Sacré - pour
nous accoutumer à l'atmosphère de l'hypernef.
Du moins pour les plus résistants d'entre nous. Parmi
les autres, onze furent déclarés inaptes et
débarqués d'office sur un cosmotramp
de passage. Deux voulurent se lever trop tôt - autrement
dit, quitter les chambres de décompression avant
l'heure prescrite - et moururent presque immédiatement.
Durant la cérémonie de l'Abandon, où
leurs corps furent confiés au vide spatial, nous
eûmes notre première occasion de prononcer,
sans bien la comprendre, une prière dans la Langue
Sacrée ou gaïan :
— O Grand Architecte de l'Univers,
le Doux, le Misericordieux, daigne reconnaitre nos deux
freres que nous confions au Vide en ton Saint Nom. Veille
a leur accorder la place qui doit leur revenir parmi les
Elus de l'Univers. Qu'il en soit ainsi.
Je la retranscris ci-après
dans le sabir que nous parlons à peu près
tous :
— O Grand Architecte de l'Univers,
le Doux, le Miséricordieux, daigne reconnaître
nos deux frères que nous confions au Vide en ton
Saint Nom. Veille à leur accorder la place qui doit
leur revenir parmi les Élus de l'Univers. Qu'il en
soit ainsi.
*
Après trois mois, éphèbes
tout frais émoulus, nous avions la naïveté
de croire notre initiation presque achevée. Et nous
ne connaissions en fait rien, ou si peu, de l'hypernef sur
laquelle nous avions embarqué, un beau jour, il y
avait de cela fort longtemps, nous semblait-il. Mes compagnons
et moi n'étions destinés ni à la navigation
cosmique, ni à la technologie spationautique - encore
moins à la spatiologie, qui eût fait de nous
des explorateurs. Nous savions que nous vivions au centre
du DRACONOS - qui se dit DRACONOS en gaïan -, alors
que d'autres camarades, promus aux techniques précitées,
n'avaient pas tardé à s'éloigner de
nous, par la volonté de l'irgoum tout-puissant. Vivant
dans d'autres secteurs du navire, ils n'avaient jamais eu
l'occasion de nous revoir. Eux seuls, pourtant, auraient
pu nous éclairer sur la trajectoire suivie par l'arche
cosmique qui nous emportait; nos chaouch étaient
constamment restés muets sur ce chapitre. En vérité,
selon le mot de Douari ("l'Éclair"),
le plus doué d'entre nous après moi, nous
étions les seuls aveugles du bord, aussi bien concernant
la vie de l'hypernef que vis-à-vis de notre destin
commun - notre seul vrai sujet de préoccupation.
Et nous n'avions d'espoir qu'en
sa beauté.
Constamment, les chaouch nous
répétaient que nous étions des êtres
d'élite. Nos codes génétiques eux-mêmes ne démentaient
pas ces propos : nous pouvions les ouïr et même
les prononcer sans risque de punition. Cela devait donc
être vrai.
Je compris alors cette phrase
de mon chaouch :
— Un éphèbe convenablement
initié n'a pas de code génétique.
C'était un euphémisme
: seule, la soumission de l'éphèbe lui faisait
oublier ce bourreau invisible. Jadis, aux âges antiques
du Monde Sacré, un enfant bien obéissant ne
recevait jamais de fessée - je n'avais pu bien définir
ce terme, qui devait représenter un châtiment
corporel. Pour un éphèbe, c'était presque
aussi simple que cela.
Le code génétique
est une innovation de la technologie humaine qui permet
au moi intime d'opérer un tri judicieux parmi cet
imbroglio de pulsions et d'intentions contradictoires. Il
s'agit donc d'une conscience, la seule et véritable,
qui dirige, oriente, stimule et même punit la créature.
Seul, cet appoint la fera reconnaître comme humaine par les autorités impériales.
Par ailleurs, j'allais bientôt
découvrir que le code génétique peut
également jouer le rôle de professeur, pourvu
que l'on prenne de plus en plus l'habitude de se fier à
lui. Ainsi, mon chaouch me fit don d'un microprox tout équipé. Ne
sachant comment l'utiliser, j'eus l'idée de me concentrer
sur le sujet et, bientôt, mes doigts pianotaient avec
aisance sur le clavier. Je pus ainsi, comme d'autres compagnons
déjà en avance sur moi, commander tout ce
dont j'avais besoin, depuis les sels de toilette jusqu'aux
infos du Mentalodoc, en passant par les vêtements
et la nourriture. Inutile de dire que mon code génétique
contrôlait toute forme d'abus. Tout juste me permit-il
de rougir de plaisir et d'éprouver une légitime
fierté lorsque mon chaouch me désigna publiquement
comme son meilleur élève depuis le début
de sa carrière.
L'accoutumance à cette
existence, réellement de plus en plus agréable,
s'était donc faite et nous commencions à la
croire éternelle quand...
*
— Lève-toi tout de suite
! Ton temps d'initiation est fini !
Je me frotte les yeux. Je n'ai
jamais pu apprendre à me réveiller assez rapidement
pour satisfaire les caprices de mon chaouch.
— Que se passe-t-il ? Que me
veux-tu encore ?
— Lève-toi ou tu feras
connaissance avec mon skizz !
La surprise m'éveille
définitivement : jamais mon chaouch ne s'est permis
de me menacer ainsi depuis la dernière assemblée
plénière où il a tant vanté
mes qualités. Jamais, en vérité, il
ne m'a battu avec son skizz, redoutable fouet neuronique
dont il avait le droit d'user contre tout récalcitrant
- jusqu'à ce que le code génétique
de l'éphèbe fût bien au point. Suis-je
redevenu un enfant irresponsable ?
— Qu'est-ce qui te prend ? Oublies-tu
que je suis ton meilleur élève ?
— Dépêche-toi si
tu ne veux pas que je l'oublie ! L'ANDROCEE est arrivée.
Nous l'accosterons dans moins d'une heure. Alors, fais comme
les autres : lève-toi et prépare tes affaires.
Mes affaires se résument
à quelques instruments, destinés à
être rangés dans une mallette; j'ignore encore
le maniement et même l'emploi exact de certains. Je
me suis amusé hier à les déballer pour
les observer, car je venais de percevoir mon outillage personnel,
au lieu des ustensiles que l'on nous prête pour l'initiation.
On m'a dit alors d'en prendre grand soin car ils sont les
attributs essentiels de mes futures fonctions. Le chaouch,
tout en m'aidant à les replacer dans la mallette,
me répète cette consigne impérative.
Il fait bien de m'assister car mes mains tremblent si fort
qu'elles pourraient bien détériorer irrémédiablement
quelques-uns de ces délicats instruments. Enfin,
je connais ma destination, qui doit être celle de
tous mes compagnons : L'ANDROCEE - ou ANDROCEE en gaïan
-, le grand harem d'hommes de l'Empire !
— Laisse ici tous tes vêtements,
me recommande encore mon chaouch. Même ceux que tu
portais encore hier doivent disparaître, car ils sont
trop souillés pour pénétrer dans l'ANDROCEE.
Seuls, les êtres et les choses purifiés y ont
accès. Il te faudra passer par l'épurateur.
J'en grimace de contrariété.
J'ai appris, toujours au Mentalodoc, que les enfants des
âges antiques du Monde Sacré faisaient souvent
des difficultés pour se laver. Nos grimaces doivent
ressembler aux leurs - ce qui prouve bien que nous avons
l'honneur d'être leurs descendants !
Un à un, nous sortons
de l'épurateur, quelque peu gênés par
notre commune nudité qui nous fait ressembler à
d'antiques statues marmoréennes qui eussent été
dotées de mouvements. L'épurateur ne se contente
pas d'éliminer les impuretés du corps : il
nettoie la peau par tous ses pores, jusqu'aux dernières
couches du derme, grâce à d'invisibles rayons.
D'ailleurs, notre existence en vase clos nous a déjà
fait perdre toutes les couleurs que nos soleils originels
nous avaient données - car le DRACONOS a aussi recruté
des éphèbes dans des systèmes étrangers.
Même le teint bleuâtre des Végiens, issus
des mondes orbitant autour d'Alpha de la Lyre, a notablement
pâli. Nous épurer, est-ce également nous
dénaturer ?
Aïe ! J'ai failli rater
mon entrée dans notre nouvel univers : ma dernière
pensée est sacrilège vis-à-vis de nos
initiateurs; mon code génétique s'est chargé
de me le faire cruellement sentir. Secoué d'affreuses
nausées, je suis bon pour un nouveau passage dans
l'épurateur !
Je n'y serai pas seul : plusieurs
compagnons ont piqué de véritables crises
de nerfs en apprenant qu'ils allaient quitter leur chaouch
pour toujours - ceux-ci, en effet, vont bientôt prendre
en charge de nouveaux élus. Malgré l'impitoyable
autorité que ces impitoyables gardiens leur ont toujours
fait subir, ils ont appris à les aimer comme le chien,
animal gaïan, apprend à aimer la main qui le
frappe autant qu'elle le nourrit. Menaces, cris de colère
des chaouch, coups de skizz même, rien n'y fait :
parfois, il faut aller jusqu'aux anesthésiques. C'est
dans l'inconscience qu'ils feront leur entrée dans
le monde merveilleux de l'ANDROCEE.
*
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20/05/02 |
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